L’AÎNÉ
Ah ! mon papa, voilà une bien jolie histoire*, mais elle est bien courte : vous devriez nous en raconter une autre.
LE CADET
Oh! oui, mon papa, encore une, s’il vous plaît.
ARLEQUIN
Un moment. Je vous ai donné il n’y a pas long-temps un petit livre tout rempli d’histoires : tu m’avois promis d’en apprendre quelqu’une par cœur} m’as-tu tenu parole?
Oui, mon papa, j’en ai appris une bien belle.
ARLEQUIN
Je crois que tu mens, car tu rougis.
l’aîné.
Non, mon papa, et je vais vous la raconter si vous voulez.
ARLEQUIN
A la bonne heure. Tant que vous serez des enfants , mon métier est de vous amuser; mais quand la vieillesse m’aura rendu enfant aussi , il faudra que vous m’amusiez à votre tour. Voilà pourquoi vous devez vous y accoutumer de bonne heure.
Voyons cette histoire.
LE BON MÉNAGE
Écoutez bien, mon frere. Il y avoit une fois deux petits garçons, jolis, jolis comme .
ARLEQUIN-
Comme vous deux.
Encore plus jolis que nous.
ARLEQUIN
C’est un peu fort.
Ces deux petits garçons avoient une bonne mere , mais ils n’avoient pas un bon pere, et ce n’étoit pas comme nous. ( Arlequin le baise. ) La mere de ces deux petits garçons étoit très-pauvre- Un jour qu’ils étoient allés ramasser du bois pour leur mere , ils trouvèrent une vieille femme qui étoit tombée dans un fossé, et qui ne pouvoir pas s’en retirer. Sur le bord du fossé étoit une belle poule blanche qui cloquetoit, cloquetoit comme pour demander du secours pour la vieille : les deux petits garçons se jettent dans U