SCENE XII
avant de le recevoir; car vous venez de chez M. Lélio, j’en suis sûr, je le sais, je l’ai vu , je vous ai suivie. Osez m’assurer que vous ne venez pas de chez M. Lélio.
ARGENTINE
Je ne veux pas vous mentir; il est vrai, je viens de parler à M. Lélio, mais...
ARLEQUIN, au désespoir.
Et pourquoi me le dire ? Je n*en étois pas sûr.
ARGENTINE
Ecoutez-moi.
ARLEQUIN, furieux.
Je ne veux rien entendre; je veux m’en aller , je veux vous quitter... Mon parti est pris; ma colere est passée , je n’en ai plus de colere , parce que je n’ai plus d’amour; je suis de sang froid ... Mais , comme je me sens le plus fort désir de meurtrir ce visage-là qui est la cause de tous mes chagrins, vous sentez bien qu’il faut que je m’en aille... Vous sentez bien... ( Argentine effrayée s’éloigne; il la prend par le bras et la ramene fortement k lui.) N’ayez pas peur, je sais me pos*
7 6 LE BON MÉNAGE
séder. ...Je ne suis plus votre mari, suis votre ami , votre meilleur ami , et je vous parle comme un ami. ..Je vous abhorre, je vous déteste, je vous méprise; je ne peux plus soutenir votre vue; je ne peux plus vous regarder sans me dire : Voilà une femme qui en aimoit deux , et qui leur faisoit croire qu’ils étoient un. Séparons-nous dès ce moment. Restez ici , gardez vos enfants; je ne pourrois jamais les embrasser sans vous pleurer; j’aime encore mieux renoncer à les embrasser.
Gardez tout le bien, il vient de vous; il me seroit odieux. Je n’ai besoin de rien > je ne veux rien , je n’emporterai rien que mon cœur; et comme, si je vou& parlois plus long temps, je vous le laisserois peut être, je vous quitte pour jamais.
ARGENTINE, court apres.
Mon ami. . .
ARLEQUIN, /tf repousse .
Laissez-moi, je ne vous crois plus.
Jjgf Vik.