SCENE IX. ïi
tout cela pour de l’amour. Il n’en est rien * je retirerai ma parole , parce que la première condition étoit que le mariage te conviendroit. Pardonne-moi, je t’en prie, le petit moment de chagrin que je t’ai causé j j’en suis plus fâché que toi-même.
( Il lui tend la main , que ‘Nisida baise avec tendresse. )
Ah ! mon pere.
Je te promets que je ne ferai plus pareille étourderie. Dorénavant, je te rendrai compte tous les matins de ceux qui t’auront demandée en mariage la veille, et je ne ferai les réponses que sous ta dictée.
Mais pourquoi vous occuper de m’établir? je suis si heureuse avec vous! Je n’ai pas un désir, je ne forme pas un souhait que vous ne l'accomplissiez. Laissez-moi dans cette douce position; je ne connois pas le bonheur d’une femme , et celui de la plus heureuse des filles me suffit. Oui , quand bien même, ce qui est impossible, vous me donneriez un époux qui vaudroic
110 LE BONPERE.
mon pere > je serois fâchée de partager moa cœur; je ne veux aimer que vous, je ns veux rien devoir qu’à vous.
ARLEQUIN
Ma chere enfant, tu n’as pas besoin de m’attendrir pour faire de moi tout ce que tu voudras. D’abord, mariée ou non mariée , tu ne me quitteras j amais ; j’en mourrois tout de suite, et je veux vivre encore quelques années. Quant à ta répugnance pour prendre un époux, tu conviendrois peut-être qu’il est nécessaire de la surmonter si tu savois l’histoire de ma fortune. Écoute-la d’abord ; ensuite nous raisonnerons ensemble comme deux bons amis qui n’ont qu’un même intérêt. Je conseillerai et tu décideras.
Ah ! mon pere. . . je vous écoute.
(I/s s* asseyent.)
ARLEQUI N.
Ma chere amie, j’ai toujours été cm honnête homme, mais je n’ai pas toujours été de ceux que l’on appelle les honnêtes gens; car les gens riches sont convenus de s’appeler ainsi exclusivement. J’étois