Tome II
JEANNOTET COLIN*, homme qui est venu ce matin avec sa sœur ?
l’épine.
Qui ? Monsieur Colin et mademoiselle Colette ?
LE MARQUIS
Tu leur as parlé?
l’épine.
Oui : monsieur Colin m’a demandé quand il pourroit vous voir; je lui ai dit de revenir à une heure.
Vous avez mal fait. S’ils reviennent, l’Épine , tu leur diras que je n’y... Ah! que cette visite m’inquiété et m’embarrasse!
L’ÉPINE
Que faudra-t-il leur dire?
C’est Colin qui m’a demandé ! Elle n’a rien dit, elle ?
Qui sa sœur ?
LE MARQUIS
Eh oui.
Oh! non; elle étoit si triste! Elle m’a
ACTE I, SCENE XIII. a7 seulement demandé si vous étiez un grand seigneur. Je crois, monsieur., que cette fille-vient implorer votre protection pour quelque malheur qui lui est arrivé ; car en sortant elle étoit en larmes.
LE MARQUIS
Elle étoit en larmes ?
l’ÉPIN E.
Oui : cela m’a fait peine ; elle a un petit air si doux, si intéressant ! vous ferez bien de lui rendre service , si vous le pouvez.
LE MARQUIS
Ah ciel!
L’Ipine.
Qu’avez-vous donc , monsieur ? Je ne vous ai jamais vu ainfi agité.
Mon pauvre l’Épine, si tu savois combien je crains de la revoir!
l’épine.
Qui? mademoiselle Colette ?... Ah !
je commence à comprendre; c’est une vieille connoissance que vous voudriez ne plus reconnoître. Eh bien! monsieur * rien n’est fi aisé : quand elle reviendra, je lui dirai que vous êtes sorti.
â8 JEANNOT ET COLIN.
LE MBRQUIS.
Non, il seroit affreux de me cacher.
Je la verrai, je lui parlerai \ elle sentira bien qu’il m’est impossible de désobéir à ma mere. Oui , mon ami , j’ai adoré Colette , je lui ai promis de l’épouser : mais Colette est une simple bourgeoise } juge si ma mere consentiroit jamais....
l’épine.
Madame votre mere ? Elle aimeroit mieux vous voir mourir que de vous voir déroger. Mais écoutez, monsieur; je crois qu’il y auroit maniéré de s’arranger. J’ai une morale qui m’a toujours tiré de par -tout : raisonnons. On ne risque jamais de mal faire en remplissant tous ses devoirs. D’après cela, n’épousez point mademoiselle Colette , parce que ce seroit manquer à ce qu’un fils doit à sa mere \ ensuite , pour réparer vos torts envers mademoiselle Colette, faites -lui partager votre fortune > donnez-lui une bonne maison , en un mot...
LE MARQUIS
Taisez - vous : je vous chasserois
ACTE I, SCENE XIII. 29 tout-à-l’heuresi vous connoissiez Colette. l’épine.
Monsieur , je ne dis plus mot : mais quand mademoiselle Colette viendra i que lui dirai-je ?
LE MARQUIS
Je n’en sais rien : venez m’habiller.