G A L A T É E , CLYMÈNE
G AL AXÉE.
Ils sont partis ; je ne crains plus leurs yeux. M'ont-ils point vue rougir ? Clymrne , cette offense Mériteroit un courroux plus prompt et plus puissant : Ah ! qu'il est mal-aisé de cacher ce qu'on pense, Et plus encor ce que l'on sent !
Cruelle loi qui veut que notre gloire Soit de n'aimer jamais, ou n'aimer que des dieux ; Est-il juste de te croire l'iuti'it que ses propres yeux ?
Dès qu'un berger m'a su plaire, Il n'est plus berger pour moi ; Tu m'ordonnes de le taire , Injuste et cruelle loi.
La Fontaine. Théâtre. 3o
35o GALATÉE.
Hélas ! il n'est plus temps , et déjà maigre' toi
J'ai flatté ce berger dans l'ardeur qui le presse.
CLYMÈNE
Vous craignez de parler, et vous êtes déesse ! Quand on est de ce rang , l'on doit encourager Son berger.
Pour moi , je dis au mien sans cesse Qu'il m'a touché le cœur aussi-bien que les yeux. Te n'en dirois pas tant au plus puissant des dieuv. Le silence en amour est une erreur extrême :
Souffrez , mais déclarez vos maux ;
Car qui les sait mieux que vous-même ?
Que sert d'en parler aux échos?
Il faut les dire à ce qu'on aime.
GALATÉE et C L Y 51 È >" E , ensemble.
Hélas 1 pourquoi soumit-on notre cœur A ce tyran que l'on appelle honneur ?
Tous nos amants nous content leur martyre ; Et nos désirs n'oseroient s'exprimer.
Il faut nous empêcher d aimer,
Ou nous permettre de le dire.
c H CE r R.
Aimez , déclarez vos désirs ; Car qui les sait mieux que vous-même ? Que sert d'en parler aux Zéphyrs ?
Il faut les dire à ce qu on aime.