ACTE II, SCÈNE II
Ma voix se mêleroit avec leurs chalumeaux. L'autre jour je surpris au nid une fauvette ,
Un rossignol , et deux autres oiseaux : Je les insîniis pour vous ; ils suivent ma musette, Et chantent, sans faillir, déjà deux airs nouveaux. Peut-être aimez-vous mieux de cruels animaux :
Si ce don vous plaît davantage ,
J'apprivoise deux jeunes ours:
Je n'en puis faire autant de votre humeur sauvage ;
Mes dons vous irritent toujours.
J'ai des forêt> , j'ai des campagnes ,
Des parcs où vous et vos compagnes Pourrez chasser : tous ces bieu^ sont à vous.
Recevez-les , beauté céleste , Avec im autre don que je préfère à tous ;
t'est mon cœur percé de vos coups.
GALATEE.
Je ne veux ce cœur, ni le reste.
POLYPHÉME.
Ah , cruelle ! c'est trop ; gardez que le courroux îfe me porte à la du à quelque violence.
G AL AXÉE.
Une déesse ne craint rien.
POIYPHÈME.
Qu'Acis craigne du moins, lui de qui l'insolence Ose me disputer ce qui fait tout mon bien.
G ALATÉE.
Moi , le bien d'rm cyclope ?
POLYPHÉME.
Un cyclope possède Ce que l'Olympe a de plus beau.
Il est vrai que V éuus vous cède ;
354 GALATÉE
Mais je vaux bien Vulcaln; je me suis vu dans l'eau. Je vaux peut-être mieux que votre Acis lui-même : Du moins par mes transports j'ai ses feux surpassé.
GALATÉE
Eli bien, je crois Acis moins beau que Polyphême :
Cependant il me plaît, je l'aime, c'est assez.
L amour a ses raisons; mais j ai beau vous le dire.
POLYPHÊME
L'amour est sans raison ; mais j'ai beau me le dire .. Jaimerai malgré moi.
GALATÉE
J 'aimerai malgré vous."
POLYPHÈiME et GALATÉE, ensemble.
Heureux ceux que ce dieu blesse des mêmes coups î Heureux les cœurs unis sous un commun martyre ! Tous leurs tourments leur semblent doux.
POLYPHÊME
Ma présence vous irrite ; Je le vois bien , cruelle. Adieu. Qu'Acis évite Mon courroux :
S'il approche jamais de vous ,
S'il vous parle , s'il vous regarde , S'il ose seulement pro:,oncer votre nom ;
Voyez cet abime profond ,
C'est ce que ma fureur lui garde.