BRISÉIS, LYDIE
1^ ODS VOUS revoyons donc, heureuse Briséisî L'injuste Agamernnon, pour venger son pays, Vous rendant au héros à qui vous sûtes plaire , Croit que vous fléchirez d'un seul mol sa colère.
BnisÉis.
Moi , le vouloir fléchir ! Lydie , y pensez-vous ? Moi , troubler le repos qu'il doit à son courroux ! Il a quitté par-là l'iulérèt des Atrides, Par-là laissé de Mars les fureurs homicides ; Et lorsque seul en paix il voit même les dieux En mortels attaquer et défendre ces lieux, J'irai de leurs dcTjnts le rendre la victime ! Il servira les Grecs qui souffrent qu'on l'opprime ! Non , Lydie ; épargnons des jours si précieux. Agamemoon m'a fait enlever à ses yeux :
3ôi ACHILLE.
Qui du camp s'en est plaint ? On s'est tu : ce silence , Si Briséis est crue, ûixra sa rt'compense.
LTDIE.
Actille le jura dès votre enlèvement
BRISÉIS
C'est à moi d'avoir soin qu'il tienne son serment. Le sort ne n-'aura point contre lui pour complice ; Contentons- nous qu'Ajax, Plicenix, avec Ulysse, Députés par les *. irecs , implorent son secours : Nous-mêmes n'allons pas précipiier ses jours. Vous savez quel destin lattend sur ces rivages.
LYDIE
Je ne m arrête point à tous ces vains présages ; On les rendra menteurs par quelque prompt départ. Les Grecs sont-ils point las d'assiéger ce rempart? Quand se proposent-Lis de revoir leur patrie ?
BRISÉIS
Je ne sais , et ces soins n'ont occupe' ma vie
Que pour le prince seul qui fait mon souvenir.
Des soucis de l'état c'est trop s'entretenir :
îve songeons qu à nos voeux. Que fait , que dit Achille ?
Lorsque j'étois absente, a-t-il été tranquille?
Vous parloit-il de moi ? que vous en a-t-il dit ?
Me puis-je flatter d être encore en son esprit ?
Et Patrocle? sans doute il est toujours fidèle ?
Je vous trouve, du moins, toujours charmante et belle.
LYDIE
Que ce soii mon mérite , ou la faveur des ciciix , Patrocle jusqu ici me voit des mêmes yeux. L hymen s- roit déjà garant de sa constance ; Mais , comme Achille doit y joindre sa présence ,
A sou retour en Grèce il veut qu'il soit remis. Admirez qu'en amants c!i;ingeant nos ennemis, L un et l'autre a cliangé son esclave en maîtresse. Vous et mol nous étions le l'Utin de la Grèce. Le partage étant fait, lun et l'autie vainqueur S'en vint mettre à nos pieds sa fortune et son cœur : Achille TOUS aima ; Patrocle aima Lydie.
BRISÉ! s.
J'ai sujet en un point de vous porter envie : Vous possédez entier le cœur de votre amant; Acliille est occupé de son ressentiment; Sa gloire et sa grandeur sont cncor mes rivales. Tant que nous le verrons sur ces rives fatales , Je craindrai pour ses jours. Vous voyez qu'au danger, En me rendant à lui , l'on veut le rengager. Que les enfants des dieux vende. .t cher aux mortelles L'honneur de quelques soins . bien souvent peu fidèles ! Souvent il vaudroit mieux qu'un cœur de moindre prix De nos frêles beautés se rencontrât épris ; On le posséderoit entier et sans alarmes : Au lieu que je crains tout ; tantôt le sort des armes, Tantôt mon peu d'attraits, tantôt l'ambition; Et l'on n est point d'un roi toute la passion.
LYDIE
Vous l'êtes de celui qui joint , par sa naissance , Au sang qu'il tient des dieux la suprême jmissance. S'il se venge , et s'il veut exercer son courroux , Le seul motif en est l'amour qu'il a pour vous : De votre enlèvement il poursuit la vengeance. Il eût dissimulé peut-être une autre offense ; Mais, ne vous ayant plus, aussitôt il Gt voir Qu'en vous seule il faisoit consister son devoir;
366 ACHILLE
Qu'il vous sacrifioit l'intérêt de la Grèce,
Qu'enfin !a gloire e'toit moins que vous sa maîtresse.
Je l'avoue , et je crains peut-être sans sujet ; Mais qui pourroit avoir un cœur moins inquiet ?
LYDIE
Vous , si vous vous savez connoître un peu vous-même , ■N'os vœux sont soutenus d'un mérite suprême : Si vous savez donner à ces biens tout leur prix , Votre amant vous devra , quoique fils de Thétis. Nous descendons de rois : notre sang nous rend dignes De 1 liymea des héros même les plus insignes. Je n'ai point ouljlié ce sang : imitez-moi; Croyez qu'un demi-dieu vous peut garder sa foi : Il me la confirmé cent fois en votre absence.