ACTE II, SCÈNE III. 38i
Contre les Phrygiens j'cmployois mes efforts ; I-es dieux ont dans mon cœur jeté d'autres transports : Car, après tout, J exerce un courroux légitime. La plupart de nos chefs ont beau m'en faire un crime ; L'affront dont leur parti veut être satisfait Importe beaucoup moins que le tort qu'on m'a fait. Qu'ils achèvent sans moi 1 entieprise de Troie : Tant qu ils soient sur le point de devenir sa proie , Qu'Agamemnon lavoue , et qu'llion ait mis Dans le dernier malheur mes derniers ennemis , En présence des dieux je le proteste encore, Hon bras refusera le secours qu'on implore. Allons dans nos états attendre ce moment ; Kous serons aujourd'hui spectatems seulement.
pathocle.
"Vous le pouvez , ces champs sont pleins de vos trophées : 11 n'est point d actions qui n'en soient étouffées. Pour moi, me siéroit-il de n'être que témoin D'un comliat dont je sais que ma gloire a besoin ? Je n'ai point assez fait ; mon cœur doit se le dire. Ce n'est pas que Patrocle aux premiers rangs aspire ;
Toutefois Mais que sert enfin de souhaiter?
Pour survivre li soi-même , il faut exécuter. Des oml)res du conmiun le favori d'Achille, Confondu chez les morts , suivroit la tourbe vile ! Pcrmcttez-Iui , seigneur , de se rendre aujourd'hui Digne de lamitié que vous avez pour lui.
AC H ILLE
Va , ton projet est beau : non que ta renommée Panrii les nations ne sôit déjà semée ; Tu peux dos k présent ne mourir qu'à demi : Je me fais un honneur de l'avoir pour am»
382 ACHILLE
Suis pourtant ton dessein : je te loue , et moi-même Je me dois applaudir du choix de ce que j'aime. Patrocle et Briséis consolent mes chagrins : Veuillent les dieux unir quelque jour nos destins ! Cependant , songe à toi dans cette âpre carrière : Je ne suis pas le seul qui t'en fais la prière ; Tes jours touchent encor d'autres cœurs que le mien : Peviens victorieux du combat ; mais revien.
PATROCLE
Le sort eu est le maître , il faut le laisser faire.
Qu'on soit dans les comliats prudent ou téméraire ,
Ou tombe également ; et souvent le danger
S acharne sur celui qui veut se ménager.
Mais le danger n'est pas ce qu'il faut qu'on regarde :
La dépouille d Hector vaut bien qu'on se hasarde.
Attii, pourquoi ce choix? Gui t'oblige aujourd'hui, Parmi tant de guerriers, de n'en vouloir qu'à lui?
PATROCLE
Quoi i son bras tous les jours aux Grecs se fera craindre , Tous les jours nous aurons de nouveaux morts ii plaindre , Vous absent , sur lui scid chacun aura les yeux , Kt je le pourrois voir sans en être envieux ! Lui seul de ces remparts empêchera la prise !
ACHILLE
Ami , te dis-je encor, laisse cette entreprise. Ce n'est pas que je mette en doute ta vertu ; Mais conuois-tu cet homime? enfin, le counois-tu?
PATROCLI,.
Oui, seigneur, je me jette en un péril extrême; ûlais je préteods aussi me counoitre moi-même
On m'a vu quelquefois affronter des guerriers: Aujourd Lui que j'aspire à de nouveaux lauriers, Clierc'ierai-je Paris?
ACHILLE
Qui te l'a dit? Tu passes De la tcrrexir des Grecs aux âmes les plus basses.
PATROCLE
Donnez-moi votre annure , Hector me cherchera.
ACHILLE
J'en doute ; mais sur toi cLacun s attachera.
PATROCLE
Elle redoublera ma force et mon courage.
ACHILLE
Si tu crois en pouvoir tirer quelque avantage,
( k Arbale )
Je te l'accorde Arbate, il faut la lui donner.
( à Patrocle. ) ( Arbale sort. )
Prends garde , encore un coup , de trop t'abandonner. Pousse les Phrygiens , redouble leurs alarmes ; îfe te vas point aussi jeter seul dans leurs armes. Reviens , pour ton ami , ménager de tes jours : Si tu ne l'es pour moi , sois-le pour tes amours, Sois-le, enfin ; c est k moi d en répondre à Lydie. ?Jotre commun boulieur va rouler sur la vie.
PATROCLE
Mes jours sont-ils si cliers, seigneur; et savez-vous Si 1 on vous avoûra d'un sentiment si doux ? .fe me flatte pourtant. Protégez ce que j'aime. Nous avons à Lydie ôté le diadème ; J'aidai les conquéians à lui ravir ses biens : Mort ou vif je la veux récompenser des miens. Tout est en votre main : tenez-lui lieu de frère.
384 ACHILLE
ACHILLE
Tu t'en acquitteras toi-même.
PATROCLE
Je l'espère.
Quel que soit le démon dont ce mur s'appuîra , Vous me regarderez , et cela suffira.
Je reviendrai tantôt mettre aux pieds de Lydie Le succès glorieux d'une action liardie ; Sinon, votre devoir est de la consoler.
ACHILLE
Patrocle, embrasse-moi .' je ne te puis parler. . . . La voici. Ton dessein , sans doute , est connu d elle ? Arbate l'aura dit.