‹ ThéâtreChapitre 114 sur 213 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

Mais cet usage, enfin, est-ce une loy severe Qu'aux dépens de vos jours vous deviez observer? La plus sainte des loix, ah ! c'est de vous sauver, Et d'arracher, Seigneur, d'une mort manifeste Le sang des Ottomans dont vous faites le reste.

Bajazet.

Ce reste malheureux seroit trop acheté S'il faut le conserver par une lâche'té.

ACOMAT

Et pourquoy vous en faire une image si noire? L'hymen de Soljman ternit-il sa mémoire ?

Cependant Soiyman n'estoit point menasse Des périls évidens dont vous estes pressé.

Bajazef.

Et ce sont ces périls et ce soin de ma vie Qui d'un servile hymen feroient l'ignominie.

Soiyman n'avoit point ce prétexte odieux.

Son esclave trouva grâce devant ses yeux; Et, sans subir le joug d'un hymen nécessaire. Il luy fit de son cœur un présent volontaire.

AcOMAT.

Mais vous aimez Roxane.

Bajazet.

Acomat, c'est assez.

Je me plains de mon sort moins que vous ne pensez. La mort n'est point pour moy le comble des disgrâces: J'osay tout jeune encor la chercher sur vos traces; Et l'indigne prison où je suis renfermé A la voir de plus prés m'a même accoutumé; Amurat à mes yeux l'a vingt fois présentée.

Elle finit le cours d'une vie agitée.

Helas! si je la quitte avec quelque regret...

i8o BAJAZET

Pardonnez, Acomat, je plains avec sujet

Des cœurs dont les bontez, trop mal recompensées,

M'avoient pris pour objet de toutes leurs pensées.

Acomat.

Ah! si nous périssons, n'en accusez que vous, Seigneur : dites un mot, et vous nous sauvez tous. Tout ce qui reste icy de braves janissaires, De la religion les saints dépositaires, Du peuple bysantin ceux qui plus respectez Par leur exemple seul règlent ses volontez, Sont prests de vous conduire à la Porte sacrée. D'où les nouveaux sultans font leur première entrée.

Bajazet.

Hé bien, brave Acomat, si je leur suis si cher, Que des mains de Roxane ils viennent m*arracher. Du serrail, s*il le faut, venez forcer la porte; Entrez accompagné de leur vaillante escorte.

J*aime mieux en sortir sanglant, couvert de coups. Que chargé malgré moy du nom de son époux.

Peut-estre je sçauray, dans ce desordre extrême, Par un beau desespoir me secourir moy-même, Attendre, en combattant, Teffet de vostre foy, Et vous donner le temps de venir jusqu'à mo^.

Acomat.

Hé ! pourray-je empescher, malgré ma diligence, Que Roxane d'un coup n'assure sa vengeance?

Alors, qu'aura servi ce zèle impétueux Qu'à charger vos amis d'un crime infructueux? Promettez. Affranchi du péril qui vous presse, Vous verrez de quel poids sera vostre promesse.

Bajazet.

Moy!

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