ACTE 111, SCENE Vil
O Ciel! à cet affront m*auriez-vous condamnée? De mon aveugle amour seroient-ce là les fruits ? Tant de jours douloureux, tant d'inquiètes nuits. Mes brigues, mes complots, ma trahison fatale, N*aurois-je tout tenté que pour une rivale?
Mais peut-estre qu'aussi, trop promte à m'affliger, J'observe de trop prés un chagrin passager, J'impute à son amour l'effet de son caprice.
N'eust-il pas jusqu'au bout conduit son artifice? Prest à voir le succès de son déguisement, Quoy! ne pouvoit-il pas feindre encore un moment? Non, non, rassurons-nous. Trop d'amour m'intimide. Et pourquoy dans son cœur redouter Atalide? Quel seroit son dessein? Qu*a-t-elle fait pour luy? Qui de nous deux enfin le couronne aujourd'huy? Mais, helasl de l'amour ignorons-nous l'empire? Si par quelque autre charme Atalide l'attire, Qu'importe qu'il nous doive et le sceptre et le jour? Les bien-faits dans un cœur balancent-ils l'amour? Et, sans chercherplus loin, quand l'ingrat mesçûtplaire, Ay-je mieux reconnu les bontez de son frère?
Ah! si d'une autre chaîne il n'estoit point lié. L'offre de mon hymen l'eust-il tant effrayé?
N'eust-il pas sans regret secondé mon envie?
L'eust-il refusé même aux dépens de sa vie?
Que de justes raisons... Mais qui vient me parler? Que veut-on?