ACTE IV, SCENE III 2o
ROXANE
Pour comble de disgrâces , Le sultan, qui l'envoyé, est parti sur ses traces.
Atalide.
Quoy ! les Persans armez ne Tarrestent donc pas ?
RoXANE.
Non, Madame. Vers nous il revient à grands pas.
Atalide.
Que je vous plains, Madame ! et qu'il est nécessaire D'achever promptement ce que vous vouliez faire !
RoXANE.
Il est tard de vouloir s'opposer au vainqueur.
Atalide.
OCiel!
Roxane.
Le temps n'a point adouci sa rigueur.
Vous voyez dans mes mains sa volonté suprême.
Et que vous mande-t-il?
Roxane.
Voyez. Lisez vous-même.
Vous connoissez. Madame, et la lettre et le sein.
Atalide.
Du cruel Amurat je reconnoy la main.
{Elle lit) Avant que Bahylone éprouvast ma puissance j Je vous ai fait porter mes ordres absolus.
Je ne veux point douter de vostre obéissance. Et croy que maintenant Bajazet ne vit plus.
Je laisse sous mes loix Babylone asservie, Et confirme en partant mon ordre souverain.
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2o6 BAJAZET
Vous, si vous avez soin de vostre propre vie. Ne vous montrez à moy que sa teste à la main.
ROXANE
Hé bien?
Atalide.
Cache tes pleurs, malheureuse Atalide.
RoXANE.
Que vous semble?
Il poursuit son dessein parricide. Mais il pense proscrire un prince sans appuy. Il ne sçait pas Tamour qui vous parle pour luy, Que vous et Bajazet vous ne faites qu'une ame, Que plûtost, s'il le faut, vous mourrez...
RoXANE.
Moy, Madame?
Je voudrois le sauver, je ne le puis haïr; Mais...
Atalide.
Quoy donc? qu'avez-vous résolu?
RoxANE.
D'obeïr.
Atalide.
D'obeïr!
RoXANE.
Et que faire en ce péril extrême ?
Il le faut.
Atalide.
Quoy! ce prince aimable... qui vous aime.
Verra finir ses jours qu'il vous a destinez !
RoXANE.
Il le faut; et déjà mes ordres sont donnez.