‹ ThéâtreChapitre 144 sur 213 · BAJAZET, ROXANE · texte numérisé non relu

BAJAZET, ROXANE

RoXANE.

Je ne vous feray point des reproches frivoles : Les momens sont trop chers pour les perdre en paroles. Mes soins vous sont connus. En un mot, vous vivez, Et je ne vous dirois que ce que vous sçavez.

Malgré tout mon amour si je n'ay pu vous plaire. Je n'en murmure point, quoiqu'à ne vous rien taire. Ce mesme amour peut-estre, et ces mesmes bienfaits, Auroient dû suppléer à mes foibles attraits.

Mais je m'estonne enfin que pour reconnoissance. Pour prix de tant d'amour, de tant de confiance. Vous ayez si long-temps, par des détours si bas. Feint un amour pour moy que vous ne sentiez pas.

Bajazet.

Qui? Moi, Madame?

ROXANE

Oui, toy.Voudrois-tu point encore Me nier un mépris que tu crois que j'ignore ? Ne prétendrois-tu point, par tes fausses couleurs, Déguiser un amour qui te retient ailleurs.

Et me jurer enfin, d'une bouche perfide.

Tout ce que tu ne sens que pour ton Atalide?

Bajazet.

Atalide, Madame? O Ciel! Qui vous a dit...

RoxANE. * Tien, perfide, regarde, et déments cet écrit.

Bajazet.

Je ne vous di plus rien. Cette lettre sincère D'un malheureux amour contient tout le mystère. Vous sçavez un secret que, tout prest à s'ouvrir, Mon cœur a mille fois voulu vous découvrir.

J'aime, je le confesse ; et, devant que vostre ame. Prévenant mon espoir, m'eust déclaré sa flâme, Déjà, plein d'un amour dés l'enfance formé, A tout autre désir mon cœur estoit fermé. Vous me vinstes offrir et la vie et l'empire ; Et mesme vostre amour, si j'ose vous le dire, Consultant vos bienfaits, les crut, et, sur leur foy, De tous mes sentimens vous répondit pour moy. Je connus vostre erreur. Mais que pouvois-je faire? Je vis en mesme temps qu'elle vous estoit chère. Combien le trône tente un cœur ambitieux !

Un si noble présent me fit ouvrir les yeux.

Je chéry, j'acceptay, sans tarder davantage.

L'heureuse occasion de sortir d'esclavage; D'autant plus qu'il falloit l'accepter ou périr, D'autant plus que vous-mesme, ardente à me l'offrir,

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