ACTE II, SCENE V
Heureux pourtant , heureux que dans cette disgrâce Je ne puisse accuser que la main de Pharnace, Qu'une mère infideile, un frère audacieux, Vous présentent en vain leur exemple odieux.
Ouy, mon fils, c'est vous seul sur qui je me repose , Vous seul qu'aux grands desseins que mon cœur se propose J'ay choisi dés long-temps pour digne compagnon. L'héritier de mon sceptre, et sur tout de mon nom. Pharnace, en ce moment, et ma flâme offensée Ne peuvent pas tout seuls occuper ma pensée.
D'un voyage important les soins et les apprests , Mes vaisseaux, qu'à partir il faut tenir tout prests, Mes soldats, dont je veux tenter la complaisance, Dans ce même moment demandent ma présence.
Vous cependant icy veillez pour mon repos.
D'un rival insolent arrestez les complots. .
Ne quittez point la reine, et, s'il se peut, vous-même Rendez-la moins contraire aux vœux d'un roy qui l'aime. Détournez-la, mon fils, d'un choix injurieux : Juge sans interest, vous la convaincrez mieux. En un mot, c'est assez éprouver ma foiblesse. I Qu'elle ne pousse point cette même tendresse. Que sçay-je? à des fureurs dont mon cœur outragé Ne se repentiroit qu'après s'estre vengé.