‹ ThéâtreChapitre 178 sur 213 · ACTE II. SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II. SCENE VI

Mais dans mon desespoir je cherche à les accroistre. Madame, par pitié, faites-le moy connoistre.

Quel est-il, cet amant? qui dois-je soupçonner?

Avez-vous tant de peine à vous l'imaginer ?

Tantçst, quand je fuïois une injuste contrainte, A qui contre Pharnace ay-je adressé ma plainte ? Sous quel appuy tantost mon cœur s'est-il jette ? Quel amour ay-je enfin sans colère écouté ?

Xi PHARES.

O Ciel ! Quoi ! je serois ce bien-heureux coupable Que vous avez pu voir d'un regard favorable ? Vos pleurs pour Xipharés auroient daigné couler ?

MONIME

Ouy, Prince, il n'est plus temps de le dissimuler. Ma douleur, pour se taire, a trop de violence. Un rigoureux devoir me condamne au silence; Mais il faut bien enfin , malgré ses dures lois. Parler pour la première et la dernière fois.

Vous m'aimez dés long-temps. Une égale tendresse Pour vous depuis long-temps m'afflige et m'intéresse. Songez depuis quel jour ces funestes appas Firent naistre un amour qu'ils ne meritoient pas. Rappeliez un espoir qui ne vous dura guère, Le trouble où vous jetta l'amour de vostre père, Le tourment de me perdre et de le voir heureux, Les rigueurs d'un devoir contraire à tous vos vœux. Vous n'en sçauriez, Seigneur, retracer la mémoire, Ny conter vos malheurs, sans conter mon histoire ; Et, lors que ce matin j'en écoutois le cours. Mon cœur vous répondoit tous vos mêmes discours.

Inutile, ou plûtost funeste sympathie !

Trop parfaite union par le sort démentie !

Ah ! par quel soin crael le Ciel avoit-il joint

Deux cœurs que i*un pour l'autre il ne destinoit point !

Car, quel que soit vers vous le panchant qui m'attire >

Je vous le di, Seigneur, pour ne plus vous le dire.

Ma gloire me rappelle et m'entraîne à l'autel

Où je vais vous jurer un silence éternel.

J'entens , vous gémissez. Mais telle est ma misère.

Je ne suis point à vous, je suis à vostre père.

Dans ce dessein vous-même il faut me soutenir,

Et de mon foible cœur m' aider à vous bannir.

J'attens du moins , j'attens de vostre complaisance

Que désormais par tout vous fuirez ma présence.

J'en viens de dire assez pour vous persuader

Que j'ay trop de raisons de vous le commander.

Mais après ce moment, si ce cœur magnanime

D'un véritable amour a bruslé pour Monime,

Je ne reconnoy plus la foy de vos discours

Qu'au soin que vous prendrez de m'éviter toujours.

XlPHARÉS.

Quelle marque, grands dieux! d'un amour déplorable ! Combien en un moment heureux et misérable !

De quel comble de gloire et de félicitez.

Dans quel abîme affreux vous me précipitez ! Quoy ! j'auray pu toucher un cœur comme le vôtre l Vous aurez pu m'aimer! £t cependant un autre Possédera ce cœur dont j'attirois les vœux 1 Père injuste, cruel, mais d'ailleurs malheureux I Vous voulez que je fuïe et que je vous évite ? £t cependant le roy m'attache à vostre suite. Que dira-t-il ?

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