‹ ThéâtreChapitre 200 sur 213 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

Tu vas sacrifier, qui, malheureux ! ton fils! Un fils que Rome craint ! qui peut venger son père! Pourquoy répandre un sang qui m'est si nécessaire ? Ah ! dans Testât funeste où ma chute m'a mis. Est-ce que mon malheur m'a laissé trop d'amis? Songeons plûtost, songeons à gagner sa tendresse. J'ay besoin d'un vengeur, et non d'une maistresse. Quoy ! ne vaut-il pas mieux, puisqu'il faut m'en priver, La céder à ce fils que je veux conserver?

Cedons-la. Vains efforts ! qui ne font que m'instruire Des foiblesses d'un cœur qui cherche à se séduire ! Je brûle, je l'adore, et, loin de la bannir... Ah ! c'est un crime encor dont je la veux punir. Quelle pitié retient mes sentimens timides?

N'en ay-je pas déjà puni de moins perfides ?

O Monime ! ô mon fils ! inutile courroux !

Et vous, heureux Romains! quel triomphe pour vous, Si vous sçaviez ma honte, et qu'un avis fidelle De mes lâches combats vous portast la nouvelle ! Quoy ! des plus chères mains craignant les trahisons , J'ay pris soin de m'armer contre tous les poisons; J'ay sçû, par une longue^e^t pénible industrie, Des plus mortels vehitis prévenir la furie.

Ah! qu'il eust mieux valu, plus sage et plus heureux. Et repoussant les traits d'un amour dangereux, Ne pas laisser remplir d'ardeurs empoisonnées Un cœur déjà glacé par le froid des années !

De ce trouble fatal par où dois-je sortir ?

3oo MITHRIDATE

Page 1