SCENE PREMIERE
TITUS, ANTIOCHUS, ARSACE
Q Titus.
UOY, Prince! vous partiez? Quelle raison subite Presse vostre départ ou plûtost vostre fuite? Vouliez-vous me cacher jusques à vos adieux?
Est-ce comme ennemi que vous quittez ces lieux? Que diront avec moy la cour, Rome, l'empire?
Mais, comme vostre ami, que ne puis-je point dire? De quoy m'accusez-vous? Vous avois-je sans choix Confondu jusqu'icy dans la foule des rois?
Mon cœur vous fut ouvert tant qu'a vécu mon père : C'estoit le seul présent que je pouvois vous faire ; Et, lors qu'avec mon cœur ma main peut s'épancher. Vous fuyez mes bienfaits tout prests à vous chercher? Pensez-vous qu'oubliant ma fortune passée, Sur ma seule grandeur j'arreste ma pensée, Et que tous mes amis s'y présentent de loin Comme autant d'inconnus dont je n'ay plus besoin? Vous-même, à mes regards qui vouliez vous soustraire , Prince, plus que jamais vous m'estes nécessaire.
Antiochus.
Moy, Seigneur?
Titus.
Vous.
Helas ! d'un prince malheureux Que pouvez-vous, Seigneur, attendre que des vœux ?
Titus.
Je n*ay pas oublié, Prince, que ma victoire Devoit à vos exploits la moitié de sa gloire; Que Rome vit passer au nombre des vaincus Plus d'un captif chargé des fers d*Antiochus; Que dans le Capitole elle voit attachées Les dépouilles des Juifs par vos mains arrachées. Je n'attens pas de vous de ces sanglants exploits. Et je veux seulement emprunter vostre voix.
Je sçay que Bérénice, à vos soins redevable.
Croit posséder en vous un ami véritable :
Elle ne voit dans Rome et n'écoute que vous.
Vous ne faites qu'un cœur et qu'une ame avec nous. Au nom d'une amitié si constante et si belle. Employez le pouvoir que vous avez sur elle.
Voyez-la de ma part.
Antiochus.
Moy, paroistre à ses yeux?
La reine pour jamais a receu mes adieux.
Titus.
Prince, il faut que pour moy vous luy parliez encore.
Antiochus.
Ah ! parlez-luy, Seigneur, la reine vous adore. Pourqiioy vous dérober vous-même en ce moment Le plaisir de luy faire un aveu si charmant ?