‹ ThéâtreChapitre 6 sur 213 · ACTE I, SCENE III i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III i

Arsace.

Qui doit partir ?

Antiochus.

Moy.

Arsace.

Vous?

Antiochus.

En sortant du palais, Je sors de Rome, Arsace, et j'en sors pour jamais.

Arsace.

Je suis surpris sans doute, et c'est avec justice. Quoi ! depuis si long-temps la reine Bérénice Vous arrache. Seigneur, du sein de vos Estats, Depuis trois ans dans Rome elle arreste vos pas, Et, lors que. cette reine, assurant sa conqueste, Vous attend pour témoin de cette illustre feste. Quand Tamoureux Titus, devenant son époux, Luy prépare un éclat qui rejaillit sur vous...

Antiochus.

Arsace, laisse-la jouïr de sa fortune.

Et quitte un entretien dont le cours m'importune.

Arsace Je vous entens. Seigneur. Ces mesmes dignitez Ont rendu Bérénice ingrate à vos bontez.

L'inimitié succède à l'amitié trahie.

Antiochus.

Non, Arsace, jamais je ne l'ay moins haïe.

Arsace.

Quoy donc ! De sa grandeur déjà trop prévenu, Le nouvel empereur vous a-t-il méconnu?

Quelque pressentiment de son indifférence Vous fait-il loin de Rome éviter sa présence?

Antiochus.

Titus n*a point pour moy paru se démentir, J'auiois tort de me plaindre.

Arsace.

Et pourquoy donc partir?

Quel caprice vous rend ennemi de vous-même ?

Le Ciel met sur le trône un prince qui vous aime. Un prince qui jadis, témoin de vos combats, Vous vit chercher la gloire et la mort sur ses pas. Et de qui la valeur, par vos soins secondée, Mit enfin sous le joug la rebelle Judée.

Il se souvient du jour illustre et douloureux Qui décida du sort d'un long siège douteux :

Sur leur triple rempart les ennemis tranquilles Contemploient sans péril nos assauts inutiles; Le bélier impuissant les menaçoit en vain :

Vous seul, Seigneur, vous seul, une échelle à la main. Vous portastes la mort jusques sur leurs murailles. Ce jour presque éclaira vos propres funérailles : Titus vous embrassa mourant entre mes bras.

Et tout le camp vainqueur pleura vostre trépas. Voicy le temps. Seigneur, où vous devez attendre Le fruit de tant de sang qu'ils vous ont veû répandre. Si, pressé du désir de revoir vos Estats, Vous vous lassez de vivre où vous ne régnez pas. Faut-il que sans honneur TEuphrate vous revoie ? Attendez, pour partir, que César vous renvoie Triomphant et chargé des titres souverains Qu'ajoute encore aux rois l'amitié des Romains. Rien ne peut-il, Seigneur, changer vostre entreprise? Vous ne répondez point?

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