‹ ThéâtreChapitre 65 sur 213 · ACTE I, SCENE Vil · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE Vil

Nous sommes renvoyez hors de Cour. J'en appelle. Pendant qu'à l'audiance on poursuit un arrest, Remarquez bien cecy, Madame, s'il vous plaist, Nostre ami Drolichon, qui n'est pas une beste, Obtient pour quelque argent un arrest sur requeste, Et je gagne ma cause. Â cela que fait-on?

Mon chicanneur s'oppose à l'exécution.

Autre incident : tandis qu'au procès on travaille, Ma partie en mon pré laisse aller sa volaille. Ordonné qu'il sera fait rapport à la Cour Du foin que peut manger une poulie en un jour. Le tout joint au procès, enfin, et toute chose Demeurant en estât, on appointe la cause Le cinquième ou sixième avril cinquante-six.

J'écris sur nouveaux frais. Je produis, je fournis De dits, de contredits, enquestes, compulsoires, Rapports d'experts, transports, trois interlocutoires. Griefs et faits nouveaux, baux et procès-verbaux. J'obtiens lettres royaux et je m'inscris en faux. Quatorze apointemens, trente exploits, six instances, Six-vingt productions, vingt arrests de dèfences, Arrest enfin. Je perds ma cause avec dépens.

Estimez environ cinq à six mille francs.

Est-ce là faire droit? Est-ce là comme on juge. Après quinze ou vingt ans? Il me reste un refuge : La requeste civile est ouverte pour moy; Je ne suis pas rendu. Mais vous, comme je voy. Vous plaidez?

La Comtesse.

Plust à Dieu !

Chicanneau.

J'y brûleray mes livres.

Racine. II. il

La Comtesse.

Je....

Chic ANNE AU.

Deux bottes de foin cinq à six mille livres!

La Comtesse.

Monsieur, tous mes procès alloient estre finis. Il ne m'en restoit plus que quatre ou cinq petits : L'un contre mon mary, l'autre contre mon père, Et contre mes enfans. Ah! Monsieur, la misère I Je ne sçay quel biais ils ont imaginé. Ni tout ce qu'ils ont fait; mais on leur a donné Un arrest par lequel, moy vestuê et nourrie.

On me défend. Monsieur, de plaider de ma vie.

Chicanneau.

De plaider!

La Comtesse.

De plaider.

Chicanneau.

Certes, le trait est noir.

J'en suis surpris.

La Comtesse.

Monsieur, j'en suis au desespoir.

Chicanneau.

Comment ! lier les mains aux gens de vostre sorte ? Mais cette pension. Madame, est-elle forte ?

La Comtesse.

Je n'en vivrois. Monsieur, que trop honnestement. Mais vivre sans plaider, est-ce contentemenî ?

Chicanneau.

Des chicanneurs viendront nous manger jusqu'à l'ame, Et nous ne dirons mot? Mais, s'il vous plaist. Madame, Depuis quand plaidez-vous ?

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