‹ ThéâtreChapitre 92 sur 213 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

Leandre.

C'est bien dit, s'il le peut.

Les témoins sont fort chers, et n'en a pas qui veut.

Petit Jean.

Nous en avons pourtant, et qui sont sans reproche.

Faites-les donc venir.

Je les ay dans ma poche.

Tenez, voilà la teste et les pieds du chapon. Voyez-les, et jugez.

L'Intimé.

Je les récuse.

Dandin.

Bon»

Pourquoy les récuser ?

L'Intimé.

Monsieur, ils sont du Maine.

Dandin.

Il est vray que du Mans il en vient par douzaine.

L'Intimé.

Messieurs...

Dandin.

Serez-vous long, avocat, dites-moy?

L'Intimé.

Je ne répons de rien.

Dandin.

Il est de bonne foy.

L'Intimé, d^un ton finissant m fausset.

Messieurs, tout ce qui peut étonner un coupable» Tout ce que les mortels ont de plus redoutable, Semble s'estre assemblé contre nous par hazar :

i38 . LES PLAIDEURS

Je veux dire la brigue et Téloquence : car, D'un côté, le crédit du deffunt m'épouvante; Et, de l'autre côté, l'éloquence éclatante De maistre Petit Jean m'éblouït.

Dandin.

Avocat, De vostre ton vous-même adoucissez l'éclat.

L'IntimI Oui-dà, j'en ay plusieurs.

{Du beau ton). Mais, quelque défiance <iue nous doive donner la susdite éloquence Et le susdit crédit, ce néanmoins, Messieurs, L'ancre de vos bontez nous rassure d'ailleurs. Devant le grand Dandin l'innocence est hardie. Oui, devant ce Caton de basse Normandie, Ce soleil d'équité qui n'est jamais terni, Victrix causa diis placuii, sed vicia CatonL

Dandin.

Vraiment il plaide bien.

L'Intimé.

Sans craindre aucune chose, Je prens donc la parole, et je viens à ma cause. Aristote, primo, péri Politicon,,, Dit fort bien...

Dandin.

Avocat, il s'agit d'un chapon.

Et non point d' Aristote et de sa Politique.

L'Intimé.

Oui, mais l'authorité du Peripatétique Prouveroit que le bien et le mal...

Dandin.

Je prétens

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