ACTE
BUENCO.
]| n'osera ; il aime trop la vie. Sans cela aurait-il donné cet écfil, offrirait-il sa main à Marie?
(UILBERT.
Tant |)is, car il en trouvera cent qui lui prêteront leurs bras, cent niis('ral»le> (|ui iiont assassiner Beaumaicliais sui la route. Ali 1 lUienco, as-tu doue si peu d'expérience? Un courtisan n'aurait pas d'assassin à ses gages!
UUENCO.
Le roi est grand et généreux.
GUILBERT
Eh bien ! percez donc tous ces murs dont il est environné, ces gardes qui l'entourent, ce corlége pompeux, cette magnificence, enfin tout ce (jue les courtisans ont inventé pour le séparer de son peuple; percez-les donc, et sauvez -nous! Qui vient?
Entre Clavijo,
CLAVIJO
Je veux la voir! il le faut! il le faut!
Marie jeUe un cri et lonihe daus les bras de Sophie. SOPHIE.
Cruel, que fait os-vous!
Guilbert et Buenco s'approchent de Marie. CLAVIJO.
Oui, c'est elle! c'est elle! et je suis Clavijo! Ecoutez-moi, Marie, si vous ne voulez plus me regarder. Dans le lemps où Guilbert me reçut avec amitié dans sa maison, lorsque je n'étais encore qu'un jeune homme sans fortune, sans importance, lorsque mon cœur biûlait pour vous d'une passion indomptable, était-ce mon mérite, ou plutôt n'élait-ce pas une intime sympathie, une inclination secrète de nos âmes, qui faisait que vous ne restiez point indifférente, et qui m'assura bientôt que je possédais entièrement votre cœur? El maintenant ne suis-je pas le même? Pourquoi donc n'oserais-jc plus espérer? pourquoi noserais-je plus vous conjurer encore? Ne voudriez-vous plus revoir un ami, un amant, que vous auriez cru perdu pour toujours, et qui, après une navigation aussi longue que malheureuse, reviendrs.it déposer à vos
17S CLAVIJO
pieds une vie qu'il aurait, conservée pour vous seule? Et n'étais-je donc pis à la merci de la riitr orageuse de ce monde? Ces passions, conlie lesquelles il nous faut Inller sans ce>se, ne sont-elles pas mille fois plus terribles et plus à craindre que ces flots irrités qui jettent le malheureux loin de sa f)atrie? Marie! Marie! comment pouvez-vous me liaïr, moi qui n'ai cessé de vous aimer? Au milieu de cette ivresse, de ces encljantemenlsdel'orfiueil et de la vanité, je me suis toujours rappelé ces heures célestes et délicieuses que j'ai passées à vos pieds, dans une obscurité si heureuse, en nous flattant des perspectives charmantes que nous offrait l'avenir. Et pourquoi donc aujourd'hui ne rempliriez-vous pas avec moi nos plus douces espérances? Est-ce jiaree qu'un destin cruel, en les retardant, a paru les anéantir, (jue vous refuseriez de jouir du bonheur de la vie? Non, chère Marie, croyez-moi, les plus grandes joies de ce monde ne sont jamais pures; la plus grande félicité est empoisonnée ou par notre passion ou par notre destin. Nous plaindrons-nous de ce qu'il nous arrive ce qui est airivé aux autres? Ponnpioi nous rendre coupables en repoussant celte occasion bcuieuse de faire revivre le passé, de réparer nos maux, de con>oler une famille en pleurs, de récompenser la conduite d'un noble frère, et d'assuier à jamais notre propre bonheur? 0 vous, dont je n'ai pas mérité l'amitié, mais que j'ose appe'er mes amis, puisque vous êtes ceux de la vertu à laquelle je reviens, unissez vos insiances aux miennes! Marie (n tombe à genoux), tu ne connais donc pins ma voix? tu n'entends donc plus le langage de mon cœur? Marie ! Marie !
MARIE
0 Clavijo ^
CLAVIJO, se levant et baisant avec ardeur la main de Marie.
Elle m.* pardonne; elle m'aime! (il embrasse Cuiibert et Duenco.) Elle m'aime encore! 0 Marie! mon cœur me l'avait bien dit; il m'auiait suffi de me jeter à tes pieds, d'y verser les larmes de mon repentir, de ma douleur silencieuse, lu m'aurais entendu sans que je pailasse, comme j'ai obtenu ton paidon sans ([ue ta bouche l'ait prononcé. Non, celle parenté de nos
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âmes n'a point oncorc œssé; elles s'enUiideiit comme ;iu trmps où noiisiravion> pas besoin désignes ponrnons conmmniqner l'nnà l'autre nos mouvements les plus secrets. Marie! Marie! Marie !
Beaumarchais cuire.
BEADMAr.CHAIS.
Ah!
CLAVIJO, volant à sa rencontre.
Mon frère !
BEADMARCIIÀIS, à sa sœur.
Tu lui pardonnes?
MARIE, pâle et tremblante.
Laisse-moi ! je me meurs !
Op l'emnièiie BEAUMARCHAIS.
Elle lui a pardonné?
BUFNCO.
On le croirait.
BEAUMARCHAIS
Tu ne mérites pas ton bonheur.
CLAVIJO
Je le sens, au moins.
SOPHIE, revenant. Elle lui pardonne. Un torrent de larmes a jailli de ses yeux. — « Qu'il s'éloigne un moment, a-t-elle dit en sanglotant, que je reprenne mes sens. Je lui pardonne! s'e>t-elle écriée en se jetant dans mes bras. Ah ! comment sait-il donc que je l'aime tant? »
CLAVIJO baise avec transport la main de Sopbie.
Je suis donc le plus heureux des hommes. Mon frère!
BEAUMARCHAIS, l'embras-PHt.
De tout mon cœur! Je vous avoue cependant que je ne puis encore vous aimer. Soyez de la famille, et que tout soit oublié. Cet é' rit que vous m'avez donné, le voici :
11 tire un papier de son portefeuille, le dticlure et le donne à Clavijo. CLAVIJO.
Je suis à vous pour toujours! oui, pour toujours!
180 CLAVIJO
soriiiE.
Clavijo. je vous prie, éloignez-vous; qu'elle ne vous entende plus, qu'elle puisse se calmer.
CLAVIJO, les embrassant tour à tour.
Adieu ! adieu ! mille baisers à cet ange ! Adieu!
Il sort.
BEAUMARCHAIS
Elle lui pnrdonne ! C'est ainsi, soil! quoique j'eusse désiré que cela finît autrement. (En sourianii^ Ce sont de bonnes petites personnes au moins que ces jeunes filles! Tenez, mes amis» je vous l'avouerai franchement, notre respectable ambassadeur était d'avis et désirait même que Marie lui pardoimàt, et qu'une heureuse union put terminer cette fâcheuse affaire.
GUILBEr.T.
Et moi aussi; me voilà donc rassuré.
BUE^CO, avec humeur.
Le voilà votre beau-frère, n'est-ce pas? Adieu, vous ne me rtverrez plus chez vous.
BEAUMARCHAIS
Monsieur !
GDILBERT.
Buenco î
BDENCO.
Je le haïrai jusqu'au jugement dernier, et faites attentiou à quel homme vous avez affaire.
Il sort.
GUILBERT
C'est un oiseau de mauvais augure, ce Buenco ! Mais avec le temps il se laissera persuader lorsqu'il verra que tout va bien.
beâumarcuais.
Cependant je me suis un peu trop pressé de lui rendre récrit.
GUILBERT
Allons donc, plus de ces idées noires.
lU sortent.