‹ ThéâtreChapitre 134 sur 238 · LE POSTILLON · texte numérisé non relu

LE POSTILLON

Adieu.

Il sort.

MADAME SOMMER

Je vois à son air que tu lui as trop donné.

LUCIE

Fallait-il qu'il nous quittât de mauvaise humeur? H a été si obligeant. Vous dites toujours, maman, que je suis capricieuse; du moins je ue suis pas intéressée.

MADAME SOMMER

Je t'en prie, ma chère Lucie, ne dénature pas ce que je te dis, j'estime ta franchise ainsi que ton bon cœur et ta péuérosité; mais ces vertus n'en sont que tant qu'elles viennent à leur place.

LUCIE

Maman, ce petit endroit me plaît véritablement beaucoup. La maison que nous avons vue ici près, est donc celle de la dame à qui l'on m'attache?

213 STELLA

MADAME vOMMER.

Je suis cnclianlée que le lieu de ta desliiiation le plaise.

LUCIE

11 doit être calme, je le vois. Cependant la grand'place est animée comme un dimanche.... La dame a un beau jardin; c'est sûrement une bonne dame. Nous verrons comment nous serons reçues. Que regardez-vous, maman?

JIADAME SOMMER.

Laisse -moi donc, Lucie!... Heureuse enfant, à qui nul objet ne retrace de souvenir ! Ali ! jadis mon sort fut bien différent de ce qu'il est aujourd'hui... Rien ne m'est douloureux comme l'aspect d'une maison de poste.

LUCIE

Où ne trouvez- vous pas de prétextes à vos plaintes?

MADAME SOMMER

Oii n'en trouvai-je point de sujets? Ah! mon enfant, quelle différence, quand ton père voyageait encore avec moi ! que sont-elles devenues ces premières années de notre mariage, ces temps les plus beaux et les plus heureux de notre vie? Tout avait alors pour moi le charme de la nouveaulé. Et traverser à son bras tant de pays, voir tant d'objets nouveaux ! ah! son esprit et son amour m'en rendaient les plus petits objets intéressants.

LUCIE

J'aimerais bien à voyager aussi.

MADAME SOMMER

Et lorsqu'après un jour brûlant, après avoir traversé de mauvais chemins en hiver, après avoir essuyé mille petits inconvénients de voyage, nous renconliions quelque méchante auberge comme celle-ci, avec quel transport ne jouissionsnous pas des plus simples commodités, assis ensemble sur le banc de bois, mangeant notre omelette et nos pommes de terre bouillies ! Ah ! tout alors était bien différent.

LUCIE

Il est temps enfin de l'oublier.

MADAME SOMMER

Sais-tu ce que c'est qu'oublier?... Bonne petite! Dieu merci,

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