‹ ThéâtreChapitre 156 sur 238 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

CÉCILE

Quel sort alïreux .'

STELLA

Profondes sont les blessures ilu sort, maii guérissables ; celles qu'un cœur l;iit à un cœur, celles que le cœur >e lait à lui-même, celles-lM sont incunbles, aussi... je meurs.

FERNANDO, onlrant.

Lucie exagérait-elle, ou bien la nouvelle est-elle vraie? Si elle est vraie, Cécile, je maudis la magnanimité.

CÉCILE

Ne me reprôclie pas d'avoir eu du cœur! Notre bonnêteté n'est jioint responsable des consé(|uences qu'elle amène. Sauve-la, elle vit encore, elle nous appartient encore.

STELL.\., levant les yeux et serrunt la main de Fernando.

Sois le bienvenu. Donne-moi la main et toi (s'adressaut à ( ctiie), toi la tienne ! « Tout pour l'amour, » ça été la devise de ma vie. « Tout pour l'amour, » ce sera mon épitaphe 1 Dans d'Iieureux moments nous nous sommes tus et nous nous

sommes compris. (Elle cherclie à rapprocher les mains des deux époux.)

Et maintenant laissez-moi me taire!

Elle s'affaisse sur son bras droit qui est étendu sur la table. FERNANDO.

Oui, nous nous tairons, Stella !

11 porte lentement sa main gauche vers la table. CÉCILE, agitée.

Lucie ne vient pas, personne ne vient ! Cette maison esl donc un désert? Allons, Fernando, elle vit encore ! On a va» mainte lois des gens échapper à la tombe ! Fernando! elle vit encore. Et tout nous abandonne ! Pas un médecin, pas une potion. Il y a cependant quelqu'un au ciel qui nous entend.' (Elle s'agenouille près de Stella.) Exauce-moi, mon Dieu ! exauccmoi. Conserve-la-nous, ne la laisse pas mourir ! (Fernando a pris

le pistolet sur la table et sort lentement. — Cécile toujours à genoux, prenant la main gauche de Stella.) Oui, elle vit CUCOre ; Sa maiu, Sa

chère main est encore chaude ! Je ne t'abandonne pas, je te retiens de toute la force de ma foi et de mon amour ! Oui, une fervente prière a plus de puissance qu'un remède terrestre î

2U4 STELLA

(Elle se lève et se détourne.) 11 esl parti, désolé, désespéré! Où esl-il allé? Pourvu qu'il n'ait pas pris une suprême résolution.

Je cours api es lui ' (En voulant sortir elle se retourne vers Stella.) Et

la lui>scr seule ici! Grand Dieu! Dans ce moment terrible, je suis là euti e deux êtres que je ne puis ni séparer ni unir ! (Oa

f itend UD coup de feu dans le lointain.) Dieu !

Elle s'élance dap.s la direction du bruit. STELLA, se soulevant péniblement.

Qu'est-ce que c'est? Cécile, pourquoi t'éloignes-tu? approche-toi, ne m'abandonne pas! Oh! angoisses! je vois couler du sang. Est-ce le mien? Non, ce n'est pas mon sang; je ne suis pas blessée, mais moi tellement malade. . . Et cependant c'est mon >ang !

LUCIE, accourant.

Au secours! ma mère! au secours! J'ai couru de tous côtés, j'ai envoyé de< courriers pour amener le médecin. Mais il nous faut bien dV.utres secours! Mon père est mort de sa propre

main, il naye dans son sang! (Cécile veut sortir, Lucie la retient.)

N'y allez point, ma mère; ce spectacle ne fera qu'augmenter votre désespoir.

STELLA, qui a tout écouté avec attention, saisit la maiu de Cécile. Voilà donc ce qui est arrivé ! (Elle se dresse en s'appuyanl sur

Cécile et sur Lucie.) AUous auprès de lui, je me sens plus forte. C'est là que je veux mourir.

CÉCILE

Tu chancelles, tes genoux ne peuvent te porter ; nous n'avons pas la force de te soutenir, car, moi aussi, je suis brisée!

STELLA, relombanl sur le fauteuil.

Va donc seule auprès de celui qui t'appartient ! Prends son dernier soupir ; c'est ton époux. Tu hésites? je t'en prie, je t'en conjure. Ta présence me trouble! Pense qu*il est seul 1 Va!

Cécile sort rapidement.

LDCIE.

Je ne t'abandonne pas, je reste auprès de toi !

STELLA

Non, Lucie, si tu veux me faire beaucoup de bien, suis ta

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