UN FACTEUR
Une lettre chargée; vingt ducats, moitié du port franco.
WILHELM
Bien! très-bien! Mettez cela sur mon compte avec le reste, (le facteur sort.) J'évitais tout aujourd'hui de m'avouer que je l'attendais. Me voici donc en état de payer Fabrice sur lechamp, et je n'abuserai pas plus longtemps de sa bonté. Hier il me dit : « Je viendrai demain chez toi; » et je n'étais pas à mon aise. Je savais qu'il ne me tourmenterait point; mais alors sa présence me tourmente doublement. (Pendant qu'il
ouvre sa cassette et compte son argent.) Autrefois, daUS le temps
que je tenais une maison et faisais un peu plus de dépense, j'aimais les créanciers paisibles encore moins que les autres.
Vis-à-MS (î'im homme qui me persécute, qui m'assiège, j'ai pour ressource Timpudence et tout ce qui s'ensuit; mais l'autre, qui se lait, va droit au cœur, (;t sa demande est d'autant plus [tressante qu il m'en cliarge moi-même, (il met l'argent en tas sur la table ) Mon Dicu ! combicu j'ai de grâces à te rendre de ce que mes affaires sont rétablies et mes dettes payées... (il ^oulèveun registre.) Ta béuédiction dans les petites choses!,., à moi qui, dans les grandes, ai méprisé tes bienfaits! Et... puis-je bien l'exprimer?... Comment m'aideraistu, si je ne m'aidais moi-même? Sans cetle aimable et douce créature, serais-je sur ce fauteuil et chirfrerai--je ainsi? 0 Marianne ! si tu savais que celui que tu tiens pour Ion frère travaille pour toi avec un cœur tout autre et dans de tout autres espérances!... Peut-être... ah!... c'est pourtant bien pénible!... Elle m'aime... oui, comme uu frère. . Fi! voilà l'incrédulité qui me reprend, et avec elle on n'arrive à rien de bon. Bfariaune, je serai heureux ! tu seras heureuse, Marianne ?
Entre Marianne.
MARIANNi:, ^VIL1IELM.