ACTE I. 35J
SORA
Je veux dire, que voulez-vous faire mairitenaiU?
ANDRASOiN.
Ce que je femi?... comme si l'oracle n'avait rien dit. Je remporte chez moi mon mal et mes soucis, etv;iis voir oj en est la reine i[ue je crains de trouver dans un état bien étrange.
SORA
Que fait-elle donc pendant ce temps?
AKDn\>O.N.
Elle se promène au clair de la lune, s'endort au bord des ruisseaux, et f.iit de longs col loques avec les rossis^nols. Car depuis, que le prince est parti poui" faiie une tournée dans ses provinces, et venir ici près consulter l'oracle, son âme semble s'être déroulée en un long fil qui s'élend ju>qu'à lui. L'un de ses plus grands plaisirs, c'est encore d'exéculer des monodrames.
MANA
Qu'est-ce que c'est que cela?
AKDRASON.
Si vous saviez le grec, vous auriez compris tout de suite que c'est une espèce de pièce de théâtre jouée par un seul personnage.
LATO
Avec qui joue-t-il donc?
ANDRASOK.
Avec lui-même, cela s'entend.
LATO
Fi, ce doit être un jeu bien ennuyeux!...
ANDRASON.
Pour le spectateur, surtout. Car, à proprement parler, le personnage n'est pas seul, et pourtant il joue seul. On lui peut adjoindre encoie bien des figurants, tel qu'amants, suivantes, naïades, oréades, hamadryades, maris, intendants; mais au résumé, il ne joue que pour lui seul, c'est un monodrame' Voilà encore une de nos inventions toutes modernes, et ne
354 LE TnîOMPHE DE LA SENSIBILITE.
vous avisez pas d'y trouver à redire; elles ont la grande vogue !
Et la reine joue cela toute seule, pour elle seule?
ANDRASON.
Oui vraiment! ou bien s'il faut apporter un poignard, présenter la coupe enii'oisonnée, car le plus souvent il y a du sombre dans ces affaires-là ; s'il faut qu'une voix terrible sorte du sein des rochers, ou par le tiou de la serrure, le prince, s'il est là, se charge de ces rôles import;ints, et en son ab sence, le valet de chambre de la reine, un sot fieffé, mais on n'y regarde pas.
5IÉLV.
Nous essaye!'ons aussi ce jeu-là.
AiNDRASON.
Y pensez-vous? remerciez Dieu plutôt, que ce mal ne vous
ait point encore gagné. Si vous voulez jouer, que ce soit à deux
au moins. Depuis le bon temps du paradis, ça est toujours
resté la m;inière la plus usitée et la plus raisonnable; mais
écoulez, et sans perdre le temps en d'inutiles bavardages, ap-
; prenez, mes belles, que pour retrouver le bonheur, toutes
' mes espérances se fondent, non sur les dieux seulement, mais
^ sur vous.
SORÂ.
Sur nous?
ANDRASON.
Oui, sur vous! et j'espère que vous voudrez bien vous y prêter ?
MAKA
Oii voulez-vous en venir ?
ANDRASON.
Le prince allant consulter l'oracle doit passer par ici, et ne manquera pas de vous présenter ses hommages, ainsi que le font les éli Jingers qui prennent Ct chemin. Ma sœur aura l'atlenlion de luioffrir un logement au chàleau, et de recevoir ses gens et ses bagages, tandis que lui se fera porter sur la montagne jusqu'au temple, où chacun, quel qu'il soit, doit arriver