SCÈNE VIII
Les Mêmes, PALLAS, amené par des Germains. NARCISSE.
C'est vous, hélas !
Quoi! mon pauvre collègue, on s'est donc laissé prendre?
PALLAS
J'ai défait ma cuirasse, allons!
NARCISSE
Je puis attendre :
I ACTE IV. i35
Rien ne presse. Arrangez vos affaires d'abord. — Vous êtes riche, vous !
PALLAS
Je l'étais.
II NARCISSE
Par la mort î Je ne dépouille pas mes ennemis à terre. Le monde est grand, voyons, cherchez un légataire.
PALLAS
Vous êtes magnanime! Aurai-je seulement Assez de temps encor pour faire un testament ?
Comment donc ? sommes-nous des Cimbres ? Veuillez dire I Si deux heures, ni plus ni moins^ peuvent suffire ?
PALLAS
[ Devinez-vous pourquoi j'aimerais vivre ?
NARCISSE
Non.
PALLAS
Pour vous récompenser d'avoir été si bon.
NARCISSE
Oui-da!
PALLAS
J'empêcherais d'un mot votre ruine.
NARCISSE
bites-moi seulement où se cache Agrippine?
PALLAS
Quittez l'impératrice; — en dédommagement,
i56 VALÉRIA.
Je vous conduis auprès d'Agrippine.
NARCISSE
Vraiment?
Le délire vous prend déjà, — c'est mauvais signe! Y pensez-vous? J'irais quitter... —folie insigne! — Valéria souveraine avec moi des Romains, Pour Agrippine en fuite et presque dans nos mains!
PALLAS
Agrippine vaincue, en sa chute profonde,
A plus de chance encor de régner sur le monde
Que Valéria.
NARCISSE
Prouvez.
PALLAS
Pour cette preuve-là, Deux heures d'existence ?
NARCISSE
On donne ce qu'on a.
Que voulez-vous, mon cher? je n'avais que deux heures De générosité.
PALLAS
Pour des offres meilleures Je garde mon secret.
NARCISSE
Gardez. Vous avez tort. — Une heure un quart vous reste, et le choix de la mort.
PALLAS
Merci! mais un instant suffit pour qu'on choisisse :