ACTE I
LE ROI
Ah! fort bien. Qu'il demeure!
Nous verrons cette affaire au Conseil, tout à l'heure! — Mais chacun doit garder le poste où je l'ai mis.
Le chambellan sort.
Je l'aime, ce Châbanne ! Il se croit tout permis : C'est l'orgueil en personne ! ... Au moins il n'est pas fourbe . Mais je veux maintenant que le plus fier se courbe! Il est temps.
Un son de trompe au dehors.
Écoutez !
Deux autres sons de trompe DAULON.
Le crieur?... Qu'est-ce donc?
LE ROL
La Féodalité qui s'écroule, Daulon.
LE CRIEUR, au dehors.
({ De par le Roi, notre Sire !
« Vu les désordres, pillages et cruautés des gens de « guerre :
(( Les milices féodales sont licenciées. (( Quinze compagnies d'ordonnance, à la solde du Roi, (( formeront avec les francs archers une armée perma- « nente et régulière.
(( Le Roi seul désormais nomme les capitaines. « Défense à tous, seigneurs, comtes et barons, de piller, « maltraiter, rançonner les gens des villes et des campa- (( gnes, — sous peine de mort ! »
Applaudissements, rumeurs joyeuses de la foule.
LE ROI
Qu'en dites-vous?
DAULON
Je dis, Sire, plus de manant!
Je dis que nous avons un peuple maintenant.-
Ce peuple, j'en veux faire une armée aguerrie, Qui soit toute la France et toute la patrie ; Milice toujours prête à Theure du danger, Qui, l'épée à la main, pour chasser l'étranger, Terrible, à mon signal, bondissant tout entière, Apparaisse debout, le pied sur la frontière! -- Je compte sur le peuple : il est honnête et fort! Arrière les blasons ! Le courage d'abord ! — Oh ! ne déroulez point vos bannières hautaines, Messeigneurs! Libre à vous!... Mes quinze capitaines, Je les trouverai bien où j'irai les chercher. — Dieu merci ! plus d'un brave est encor simple archer.
DAULON
Sire, j'en connais un, fort obscur, j'imagine :
Il ne sait même pas quelle est son origine;
Mais brave au dernier point ! . . . C'est à lui que je doi
Ce bonheur... de revoir et la France et mon Roi !
LE ROI
Comment?
DAULON
Ce jeune fils de Talbot, — c'est lui, Sire, Qui Ta fait prisonnier.