ACTE III
DE TILLAY
Vous n'avez plus besoin de l'Ecosse à présent ;
Le Roi, toujours... mais vous ?... C'est à lui qu'elle envoie
Ses archers, Monseigneur... tandis que la Savoie...
LE DAUPHIN
Pâques-Dieu! maintenant que j'ai le Dauphiné^ Voilà mon alliance!... Un pays ruiné, Cette Ecosse!... Fidèle... au Roi seul... Très-avare! Je voudrais de l'argent... pas un sou. Mais Navarre, Mais Aragon, mais Gêne, et le duc de Milan M'ouvrent leur bourse pleine au moins une fois l'an ; La maison d'Armagnac me fait mille bassesses; Bourgogne aussi me flatte... Oh! les belles princesses Qu'on pourrait épouser maintenant!... Le grand point, C'est d'être libre...
DE TILLAY
Oui; mais vous ne l'êtes point,
LE DAUPHIN
Si je l'étais
DE TILLAY
A moins d'un divorce..
LE DAUPHIN
Compère,
Moi, Dauphin, me brouiller avec notre Saint-Père?.. Et, d'ailleurs, il faudrait un motif...
DE TILLAY
En cherchant, 3n en trouve toujours.
LE DAUPHIN
Je ne suis pas méchant...
Puis cette femme... c'est la vertu... Quel prétexte?...
DE TILLAY
Au moyen de la glose, on aide un peu le texte : Madame Marguerite aime fort les tournois.
Comment?
DE TILLAY
Vous avez pu le voir hier, je crois?,.. Madame était bien pâle, et tremblait, Dieu sait comme. En nouant son écharpe au bras de ce jeune homme...
LE DAUPHIN, après un silence.
Elle tarde!... Je vais chez elle de ce pas... Car vous l'intimidez. Ne vous éloignez pas : Je monte tout à l'heure à cheval, et désire ' Que nous causions encor deux minutes, messire. — Faites savoir mon ordre au prévôt de l'hôtel; Et donnez pour raison que mon plaisir est tel. Je vous suis.
DE TILLAY, il salue, puis, à part, en sortant.
Tous les deux sont perdus !. . . Voici Theurc, LE DAUPHIN, après un moment de rêverie. L'astrologue m'a dit : Cette femme qui pleure. Ce jeune front, déjà pâle de ses vingt ans. Ne t'arrêtera point dans ta course longtemps!
Il va pour entrer chez la Dauphine; elle paraît.