‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 248 sur 300 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Le théâtre s'éclaire tout à coup.

Comment? si tard!... et chez Madame Les flambeaux ne sont pas allumés?... Sur mon âme, L'écuyer de service est bien peu circonspect : Je veux que pour Madame on ait plus de respect.

MARGUERITE, à part.

Mon Dieu! veillez sur lui!

DE TILLAY

Pardon, je vous conjure.

Ne craignez plus, madame, une pareille injure : Dieu merci! j'y mettrai bon ordre. — Forestel, Que le coupable soit renvoyé de l'hôtel.

MARGUERITE

Messire, n'accusez personne : je suis cause De tout. L'obscurité, l'air du soir me repose.

DE TILLAY, il fait signe à Forestel et aux autres de se retirer A Marguerite.

Vous aimez, n'est-ce pas, sur l'eau du grand bassin La lune qui se joue et dort?... C'est très-malsain. Les vapeurs, les brouillards... Puis, c'est l'heure perfide Où le sylphe amoureux vient trouver la sylphide? — Je vous dérange?...

MARGUERITE, troublée.

Non, messire... aucunement.

Mais je ne suis pas bien... Je souffre... horriblement ! Ces flambeaux...

DE TILLAY, avec intention. Oui, parfois la lumière importune.

Un livre!... Vous lisiez, je crois, au clair de lune? Est-ce donc raisonnable, et vous est-il permis De traiter ces beaux yeux, madame, en ennemis?

MARGUERITE, plus troublée.

Je feuilletais ce livre... au hasard.

Elle le pose sur la table.

DE TILLAY, prenant le livre.

La Chronique De Jehan de Saintrél — J'y songeais... c'est unique. Ce joli petit livre en dit plus qu'il n'est gros : Rien ne manque au récit que le nom des^héros.

* Voyons un peu, voyons la table des chapitres.

Lisant.

* Comment la jeune dame des Belles Cousines ouvrit

* son cœur au petit Jehan de Saintré, lui montrant

* quelle le voulait aimer d'amour.

Feuilletant le volume.

* Peste ! — Ce chroniqueur est heureux dans ses titres.

Il lit.

* Comment, pour obéir et plaire à Madame, qui raf-

* folait de tournois, le beau jeune page entra en joute^

* triomphant et bien accoutré.

MARGUERITE, à part.

* Où veut-il en venir?

DE TILLAY

* Elle est du sang des rois,

* Comme vous. — Comme vous, elle aime les tournois.—

* Comme elle, vous aimez les beaux pages... je pense?...

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