ACTE II
ŒDIPE
J'épargnerais deux fois ton impudence extrême !...
TIRÉSIAS
Pour croître ta fureur, dirai-je encor?...
ŒDIPE
Devin 1 Parle tant que tu veux, tu parleras en vain.
TIRÉSIAS
Tu ne sais pas quels nœuds, déplorable victime, Aux êtres les plus chers t'unissent par le crime !
Œ,DIPE
M'outrager sans péril, est-ce là ton espoir?
f^ TIRÉSIAS .
Oui, si la vérité garde quelque pouvoir.
ŒDIPE
Pas dans ta bouche, au moins! .. Aveugle, tes oreilles Et ton âme fermée à tes yeux sont pareilles!
TIRÉSIAS
Malheureux! lu me fais un reproche qu'ici, Tous ensemble, bientôt, ils vont te faire aussi.
ŒDIPE
Oh ! je ne te crains pas, toi que l'ombre environne! Tu ne peux nuire à ceux pour qui le jour rayonne.
3o ŒDIPE ROI.
TIRÉSIAS
Va! ton destin n'est pas de tomber sous mes coups. C'est Apollon qui doit frapper, lui seul pour tous !
ŒDIPE
Est-ce Créon ou toi l'auteur du stratagème?
TIRÉSIAS
Créon n'est pas l'auteur de tes maux, c'est toi-même.
ŒDIPE
0 richesse, ô pouvoir ! et toi, suprême honneur.
Sagesse, qui devrais nous donner le bonheur!
Comme toujours l'envie autour de vous conspire !...
Si, pour une couronne, hélas ! pour cet empire
Que volontairement Thèbe un jour m'a transmis,
Créon, longtemps fidèle entre tous mes amis.
Ourdissant contre moi des intrigues secrètes,
Suborne ce devin, le plus faux des prophètes,
Un fourbe, un imposteur, astucieux vieillard.
Clairvoyant pour le gain, mais aveugle en son art ! —
Car enfin où parut îa science infaillible ?
Pourquoi, quand sur ces bords chantait le monstre horrible.
Le remède à vos maux te fut-il inconnu?
Il n'appartenait pas, certe, au premier venu
D'expliquer cette énigme ; il fallait un prophète :
Tes augures, tes dieux, ta bouche fut muette!...
Moi donc, simple mortel, j'arrive : et, sur-le-champ.
Sans consulter le vol des oiseaux, ni leur chant,