‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 22 sur 211 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

ŒDIPE

Ce langage plein d'ombre et d'énigmes, pourquoi ?

TIRÉSIAS

Tu sais l'art d'expliquer les énigmes, je croi ?

ŒDIPE

* Veux-tu me reprocher tout ce qui fait ma gloire?

TIRÉSIAS

* Et ce qui t'a perdu ? Ta funeste victoire.

ŒDIPE

* Eh bien! j'ai sauvé Thèbe et ne m'en repens pas.

TIRÉSIAS

* Maintenant je te laisse. — Enfant, conduis mes pas.

Va-t'en!... Délivre-moi de ta présence infâme, Et ne fatigue plus ni mes yeux ni mon âme !

TIRÉSIAS

Je pars; mais je dirai sans trembler devant toi, Ce qui m'a fait venir : — Tu ne peux rien sur moi 1 Cet homme que poursuit ta sentence implacable, L'assassin de Laïus, que ton courroux accable. Il est ici présent, je le déclare à tous! — Cet homme, en apparence étranger parmi nous, On va bientôt savoir que Thèbes l'a vu naître ; Et, certe, il aura peu de joie à se connaître!...

Aveugle, pauvre, errant, vers le sol étranger, Courbé sur un bâton, il va se diriger. De ses propres enfants à la fois père et frère, Il se reconnaîtra fils-époux de sa mère!... Inceste, et de son père exécrable assassin ! — Rentre, pèse longtemps ma parole en ton sein ; Et si je t'ai menti d'un seul mot, tu peux dire Que je suis un devin qui ne sais rien prédire !

Tircsias sort, conduit par son guide. Œdipe, comme frappé do stupeur, rentre dans son palais.

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