ACTE IV
CORNOUAILLES
Nomme-les?
GLOSTER.
Tous les gens de cœur, notre espérance! Les vagues ont porté nos sanglots jusqu'en France, Et vers notre île en deuil, pauvre vaisseau perdu, Une voix généreuse a de loin répondu!
RÉGANE.
C'est donc pour cela, traître, indigne de clémence. Que tu l'as envoyé ce monarque en démence A Douvre, oi^i, secondé par un soulèvement, Peut-être l'ennemi débarque en ce moment?
Vous, que le bon vieillard appelait ses gardiennes! Je n'ai pas voulu voir, moi, vos ongles d'hyènes, Parricides enfants, couple infâme, exécré. S'enfoncer dans ce cœur vénérable et sacré! — Par cette horrible nuit, lorsque sa tête nue Ployait sous les torrents épanchés de la nue ; Quand la sombre épouvante, au cœur des plus méchants, Transformait en pitié les féroces penchants, Si, dans le tourbillon glacé qui les emporte, Les loups avaient hurlé, plaintifs, à votre porte, — Pris de compassion, dans cette nuit d'effroi. Vous auriez dit vous-même: Ouvrons-leur^ ils ont froid! Et vous avez laissé votre malheureux père Seul, errant, sans abri! Mais je vivrai, j'espère, Encore assez — pour voir le céleste courroux, III. 20.
L'Ange aux ailes de feu s'abattre enfin sur vous!
CORNOUAILLES
Tu ne le verras pas!
Aux trois hommes qui se tiennent derrière Gloster. Le fer rouge! Allons!
Au moment oij ces hommes s'emparent de Gloster et l'entraînent vers le fond du théâtre, un vieux serviteur de Gloster se précipite aux genoux de Cornouailles avec des sanglots, et joignant les mains:
LE SERVITEUR
Grâce!...
GLOSTER, entraîné.
Dieux! sauvez mon pays! sauvez mon roi!...
Il disparaît avec les trois hommes derrière les arcades au fond du théâtre.
LE SERVITEUR, à Cornouailles.
J'embrasse Vos genoux, monseigneur ! . . . Au moins quelques instants ! Grâce pour mon vieux maître! Oh! grâce!
CORNOUAILLES
Il n'est plus temps!
LE SERVITEUR
Au nom des dieux!
CORNOUAILLES, avec menace.
Tais-toi !
D'une voix forte, en se tournant vers le fond du théâtre. Faites ce que j'ordonne!
LE SERVITEUR, se traînant à genoux vers Régane. Vous aurez pitié, vous!. . Une femme pardonne!