‹ ThéâtreChapitre 177 sur 201 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CORNOUAILLES, GONERILLE,

GONERILLE.

Je t'ai porté malheur?... Ingrat!

CORNOUAILLES

J'ai fait ma tâche, Tu vois. J'ai combattu jusqu'au soir, sans relâche... La victoire est à Kent!

GONERILLE.

Qu'est-ce donc qui t'abat?

Tu seras plus heureux dans un autre combat...

Demain. Qui sait? peut-être avant, — peut-être... On use De la force, d'abord, — puis après, de la ruse!

CORNOUAILLES

Que veux-tu dire? — Seul, trahi par mes vassaux,

Que puis-je ? — Et quand demain, dès l'aube, les vaisseaux

De la France, voguant vers la plage où nous sommes,

Vomiront contre nous encor des milliers d'hommes,

Que pourrai-je de plus? — La France a des guerriers;

Je n'ai, moi, qu'un troupeau de vils aventuriers,

Des bandits, ramassés de village en village.

Qui ne sont bons à rien, les lâches, qu'au pillage!

GONERILLE.

La France arrivera trop tard, je te le dis!

CORNOUAILLES

N'as-tu pas entendu tout à l'heure ces cris ?... Vive Cordélia! Vive Lear!

GONERILLE.

Oui, sans doute.

Mais ces cris, pleins d'amour, qui les poussait? — Ecoute! Quand, furieux, l'épée au poing, cherchant partout Ce Kent, notre ennemi, pour l'écraser d'un coup, — Tu combattais... pendant cette lutte acharnée, La tente du vieux roi fut presque abandonnée Un instant!... J'avais tout prévu : certain agent Veillait dans l'ombre, — Oswald, la rnain pleine d'argent. En guerre, toute ruse est permise et loyale... Il s'est précipité vers la tente royale,

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