ACTE II
« Qu'on vient de me promettre.
« Adieu. De cette lettre « Garde bien le secret, garde le souvenir! »
Elle se lève.
Te voilà donc enfin et Glamis et CawdorI Et ce qu'on t'a promis, tu le seras encorl Ton naturel pourtant, c'est lui que je redoute. Car l'humaine douceur l'amollit trop sans doute Pour qu'il marche au plus court! Tu voudrais être grand, Un peu d'ambition parfois même te prend; Mais trop faible est ton cœur : le devoir en est maître! Tu voudrais profiter du mal, sans le commettre! — Ce trésor, but splendide où s'élancent tes vœux, Il t'appelle, il te crie : « A toi! si tu me veux! Frappe, et je t'appartiens ! )> Malheur à qui diff'ère, A qui n'ose accomplir ce qu'il brûle de foire! — Viens, ô mon noble époux, viens! Dans le cercle d'or Où le bras du Destin semble attirer Cawdor, Que mon fier ascendant te pousse et te retienne! Viens donc, viens! que mon âme électrise la tienne !
Entre Seyton.
Quoi de nouveau?
SEYTON, venant de droite.
Le roi passe la nuit ici.
LAD Y MACBETH
Le roi! dans Inverness? — S'il en était ainsi. Ton maître m'en aurait fait informer d'avance?
SEYTON
Pardon, le thane arrive, un courrier le devance.
28 MACBETH
A peine s'il pouvait parler, tout haletant, Presque mort de fatigue...
Un message important!
Que tout soit prêt.
Seyton sort à gauche.
LADY MACBETH, avec une joie sinistre.
Duncan ! le corbeau nous signale Par ses croassements ton approche fatale! Démons, changez mon sexe! Accourez, noir essaim. Et de férocité remplissez tout mon sein ! Épaississez mon sang, et que ce cœur ne laisse Nul passage au remords! Point d'humaine faiblesse, Qui tâche, en ébranlant ma, résolution, De se glisser entre elle et l'exécution ! — Des lieux oii vous dressez vos embûches sinistres, Venez à moi, du meurtre invisibles ministres! Venez tous, ennemis de la terre et du ciel !... Soufflez-moi vos poisons! que mon lait tourne en fiel ! Et toi, profonde Nuit, aux heures insalubres. Des vapeurs de l'enfer couvre tes pas lugubres; Cache bien la blessure au tranchant du couteau ; Et qu'à travers les plis de ton obscur manteau, Le Ciel, pour m'épier, se penchant sur ma tête, Ne puisse me crier dans l'ombre : Arrête! arrête!