ACTE PREMIER
MADAME DE MONTLOUIS
Que c'est étrange! Ainsi, monsieur, dans votre famille, vous êtes tous nourris de père en fils dans l'amour de la patrie?
JEAN, s'asseyant.
Vous l'avez dit, madame.
MADAME DE MONTLOUIS
Mais madame votre mère?... Toute sa jeunesse s'est donc écoulée loin du monde, dans cette solitude, qui parfois doit être bien austère !
JEAN
Le monde et la solitude n'ont jamais existé pour elle, madame. L'amour désintéressé n'était pas rare quand mon père rencontra celle qui devait être un jour la compagne du reste de sa vie. Elle était pauvre, il était maître de son patrimoine, et pouvant disposer de lui-même à son gré, il épousa la jeune fille qu'il aimait. L'un et l'autre n'avaient consulté que leur inclination mutuelle; ni l'un ni l'autre n'eurent sujet de s'en repentir. Ma mère pourrait vous dire en quelques mots toute l'histoire de sa vie : elle a été l'unique amour d'un honnête homme qu'elle a uniquement aimé.
MADAME DE MONTLOUIS
Je crois rêver! Vous m'ouvrez un monde nouveau et que personne ne m'avait jamais fait entrevoir... Je suis émue... (se levant.) Que j'ai donc bien fait de venir!
il JEAN DE TIIOMMERAY.
JEAN
Puis-je ospércr, madame, que vous resterez encore quelques jours dans nos campagnes?
MADAME DE MONTLOUIS
Une semaine, plus ou moins; j'ai quelques affaires à régler avec mes fermiers.
JEAN
Vous ne connaissez pas nos paysans bretons. Vous en avez pour plus d'un mois à traiter avec eux; et permettez-moi de m'en réjouir. J'aurai peut-être le bonheur de vous rencontrer quelquefois sur la lande.
MADAME DE MONTLOUIS
Pourquoi sur la lande ? Je serai charmée de vous recevoir.
JEAN
Prenez garde! Je suis homme à me le tenir pour dit.
Je l'entends bien ainsi. Qui vient là? Monsieur votre père?
JEAN
Oui, madame.