‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 138 sur 210 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Vous avez des pensées que je ne connais pas, des soucis que vous me cachez... à moi qui donnerais ma vie pour effacer un pli de votre front adoré!

HORTENSE

Vous seriez bien avancé, mon pauvre Thomé, si je vohs racontais des tracas de la vie parisienne auxquels vous ne comprendriez peut-être pas grand'chose, et ne pourriez certainement rien!... Imitez ma discrétion. Quand vous êtes triste comme hier, est-ce que je vous demande à quoi vous pensez et quel blanc fantôme vos yeux distraits cherchent au plafond! Et pourtant, j'aurais peut-être, moi, quelque sujet d'être jalouse de vos rêveries.

JEAN, se levant.

Non! je vous le jure! Ce n'est pas mon coeur qui souffre, c'est ma loyauté; je manque à des engagements sacrés.

HORTENSE, descendant en scène.

Oh! vous avez encore trois mois devant vous pour les remplir, trois mois... le temps de m'oublier!...

JEAN

Je n'épouserai jamais Marie, vous le savez bien. Quel plaisir trouvez-vous à me torturer? Ne vous suffit-il pas que je sois parjure envers elle sans me croire capable de l'être envers vous? Et puis que signifie cette comparaison que vous faites de mes tristesses aux vôtres? Ont-elles donc une cause semblable? Quand vous ne m'écoutez pas, à qui songez-vous?

4D JEAN DE THOMMERAV

IIORTENSE.

Je pourrais vous répondre que je manque à des engagements... peut-êlrc aussi sacrés que les vôtres.

JEAN

Non! puisque M. de Montlouis aie premier manqué aux siens, puisqu'il n'y a rien de commun entre vous... Vous me l'avez dit, du moins.

IIORTENSE.

Et c'est la vérité!... Qu'allez-vous imaginer, bon Dieu! Si mon mari m'avait aimée, faites-moi l'honneur de croire que vous ne seriez pas là. A ce propos, mon ami, quand prendrezvous sur vous d'offrir la main à M. de Montlouis? Jusqu'à présent, j'ai mis votre attitude de criminel sur le compte de la gaucherie bretonne : mais si vous aviez le moindre souci de mon repos...

JEAN

Ah! madame, c'est le plus grand sacrifice que vous puissiez exiger. Je voudrais rentrer sous terre quand M. de Montlouis me tend cette main confiante dans laquelle notre secret découvert mettrait une épée ! Je ne lui dérobe rien en acceptant votre amour, soit! Mais je lui volerais quelque chose en acceptant son amitié.

IIORTENSE .

Trouvez-vous plus chevaleresque de me perdre?

JEAN, assis près de la table,

Je ferai ce que vous voulez.

Êtes-vous assez primitif!... mais c'est peut-être pour cela que je vous aime.

JEAN

Alors pourquoi cherchez- vous à me moderniser?

HORTENSE

C'est dans votre intérêt, mon pauvre ami! Vous n'arriverez à rien avec vos idées de l'autre monde... Il faut ressembler à ses contemporains.

JEAN

Auquel? A ce joli garçon que vous m'avez présenté?

HORTENSE

Vous allez être jaloux de Roblot, maintenant?

JEAN

A quoi voyez-vous que j'en sois jaloux?

HORTENSE

Daniel à ce que vous le trouvez joli.

JEAN» se levant.

Moi ? Je le trouve affreux.

HORTENSE

C'est encore plus grave. Quoi! sérieusement, il vous porte ombraee?

Pas du tout. Qu'une jeune femme parle tout bas à un jeune homme, quoi de plus naturel?

houtense .

Je lui ai parlé bas?

Quand il est sorti.

HORTEXSE, à la cheminée.

En effet, je lui donnais un rendez-vous pour demain. Vous ne le croyez pas, vous avez tort. Léopold... car il s'appelle Léopold avec votre permission...

Tenez, Hortense, ne vous jouez pas de moi, je ne comprends rien aux coquetteries parisiennes. 11 y a évidemment un mystère entre ce jeune homme et vous : si vous m'aimez, confiezle-moi.

HORTEXSE.

J'ai besoin de 50,000 francs demain matin, et ce petit Roblot, qui est un furet, s'est chargé de me les trouver; êtesvous content?

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