ACTE DEUXIÈME. 3u
MICHAUD
Qu'est-ce que tu vois?
AUMAND.
Damel... vous, patron.
Oui, moi, me prélassant dans les salons de la noblesse. Dans une heure, je vais manger à la table de M. le vicomte; et si, par hasard, il prenait fantaisie à ces jeunes gens de s'épouser demain, personne n'y trouverait à redire.
ARMAND
Eh bien, quoi?
MICHAUD, se levant cl passant à gauche. Eh bien, mon garçon, c'est pour ça qu'on a fait la Révolution.
ARMAND
C'est pourtant vrai.
MICHAUD
Aujourd'hui, plus de castes, plus de privilèges; enfin, tous les hommes sont égaux.
ARMAND
Ah ! patron, que je suis donc bien aise de vous entendre parler comme celai
MICHAUD
Pourquoi donc? aurais-tu jamais douté de mon civisme?
ARMAND
Oh! non!... Et cependant, je n'osais pas, j'hésitais encore; mais, à présent, oh! je n'hésite plus... J'aime votre fille... elle n'en sait rien... mais je l'aime et je vous demande sa main.
MICHAUD
Tu dis?... Répète un peu.
ARMAND
Je vous répète que j'aime votre fille, et que...
Comment, maroufle, tu as l'audace... ?
ARMAND
Puisque tous les hommes sont égaux !
MICUAUO.
Mais tu ne comprends donc pas ?
ARMAND
Puisque votre fille pourrait épouser un vicomte!
MICHAUD
Parfaitement ; mais...
ARMAND
Puisque c'est pour ça qu'on a fait la Révolution !
MICHAUD
Imbécile!... on a fait la Révolution pour que les filles de meuniers puissent épouser les fils de leurs anciens seigneurs, et non pas pour que les garçons meuniers puissent épouser les filles de leurs patrons. (Le poussant par les épaules.) Allons, oust! et va voir au moulin si j'y suis!
ARMAND, haussant les épaules.
Eh bien, je l'aurais parié! (il sort par le fond à gauche.)