‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 55 sur 210 · SCÈNE V L'ABBÉ, PAUL, RENÉE · texte numérisé non relu

SCÈNE V L'ABBÉ, PAUL, RENÉE

PAUL, entrant du fond à droite.

Renée! Renée! ma bien-aimée! ma femme! (ils s'embrassent aver effusion.)

nEMÎE.

Ah! Dieu soit loué ! vous arrivez à temps!

PAUL

Chère femme! que je suis heureux de te revoir! (a l'abbé qui s'est levé.) Et vous, mon cher abbé! (il lui tend la main.) L'ABBÉ, avoc joie.

Vous voyez bien, madame, vous voyez bien!

Ah! je n'ai jamais eu tant de joie à me retrouver ici! (il s'assied sur le canapé à gauche ; à Renée.) Quelle bonne, quelle adorable lettre tu m'as écrite pour me rappeler !

RENÉE

Vous l'avez comprise, mon ami ?

PAUL

Ce n'était pas difficile.

RENÉE, insistant.

Vous l'avez bien comprise?

PAUL

Et si bien, que j'ai pris la poste pour arriver plus tôt. Et comment ne pas accourir? J'étais parti triste, découragé... Et voila tout à coup qu'on me dit de revenir, sans perdre un instant; qu'on le veut! qu'il le faut! qu'on ne peut plus se passer de moi ! Et on me promet des surprises, des distractions dignes d'un gentilhomme. On me parle d'un cheval qui m'attend tout bridé... Que sais-je, moi! c'est-à-dire que je n'avais jamais rêvé pareilles fêles !

Ci LÀ MAISON DE PENAIWAN.

RENÉE

Ëh bien, oui, mon chor Paul, Icj grands jours sont rovonu* ; la guerre se rallume. ^Panl se lève.) Tout est prêt; le rendez-vous général esl à Torfou, de glorieuse mémoire! Tous nos gentilshommes s'} trouveronl à cheval, au lever du jour ; ils comptent vous j voir, et vous n'arriverez pas le dernier! PAUL, qui est passé de l'inquiétude à la stupeur, puis à l'abattement.

Ainsi, voilà pourquoi vous me rappeliez?

Vous ne l'aviez pas deviné?

PAUL, avec douleur.

Oh ! pas du tout !

RENÉE

Mais que pensiez-vous donc?

PAUL

Ce que je pensais?... Depuis six mois, nous menons ici une existence étrange, impossible, et je pensais que votre cœur et vos yeux s'étaient enfin ouverts. Oui, j'ai cru que nous allions commencer une vie nouvelle, et déjà j'avais pris des mesures pour vendre mon petit domaine, afin de vous donner un peu d'aisance et de bien-être, pour vous faire un nid plus doux, de ce froid sépulcre, et pour m'en faire un paradis. Il parait que je m'étais trompé.

RENÉE

Oh ! complètement, monsieur! Vendre la Brigazière pour introduire ici le luxe et le bien-être, c'est fort bien ordonné, sans doute; mais laissez-moi vous dire que le marquis, votre oncle, entendait son devoir autrement ; et lorsqu'il démembrait ses domaines, ce n'était pas pour embellir son logis, c'était pour fournir aux frais de la guerre.

PAUL

Comment, nous manquons de tout! Vous le savez, mon cher abbé, à peine avons-nous de quoi subsister ! Je songe à me dépouiller de mon patrimoine pour vous ménager, non pas une destinée brillante, mais une condition acceptable, et vous voulez...

RENÉE

Je ne veux rien, monsieur le marquis! Je crois que vous vous trompez d'heure et de lieu, voilà tout. — Quand le roi est

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