ACTE III, SCENE
HÉLÈNE
C'était, je m'en souviens bien, le jour où, pour la pr."ïmière fois, monsieur Bernard dînait avec nous.
LA BARONNE
En effet.
HÉLÈNE
Que de peine ensuite, Monsieur, pour vous retenir au château!., et encore vous nous quittiez... vous partiez, s'il ne me fût venu à la pensée de vous offrir la maison du garde.
BERNARD
C'est là que mon père est mort, Mademoiselle, c'est là que vous lui avez fermé les yeux.
HÉLÈNE
Convenez-en , monsieur Bernard , vous aviez contre nous bien des préventions.
BERNARD
Je n'avais que de la reconnaissance pour vous. Mademoiselle.
HÉLÈNE
Ce n'est pas répondre... Je parierais bien qu'aujourd'hui encore...
BERNARD
Aujourd'hui , ma présence ici ne vous répond-elle pas?
A la bonne heure... car, je l'avoue, j'ai craint que vos éternelles discussions avec mon père. . .
BERNARD
Ne les regrettez pas. Mademoiselle: la vivacité, l'ardeur de ces discussions, où le caractère de monsieur le marquis se montre franchement et à découvert, ont plus fait pour dissiper les préventions dont vous parlez que tout ce qu'on aurait pu me dire. {E?t disant ces mots Bernard s'est approché du Marquis; ils se serrent la main).
HÉLÈNE. {Elle sp lève.)
N'i>mpoi te... il faut que je vous gronde ; vous y mettez , vous, trop d'obstin tion, trop d'emportenicnt... Hier, par exemple... LE MARQUIS, SB levant.
Hier... Ne le gronde pas, j'avais tort. J'ai été aux informations. Bernard, je le reconnais, votre Kiéber eût été un bon mcstre de camp de monsieur le maréchal de Saxe, ou de monsieur de
Castrics , et le chevalier d'Assas n'a pas emporté avec lui tout li dévouement de nos soldais. *
BERNARD , ironiquement.
C'est bien de l'honneur que vous leur faites.
LE MARQUIS
Cependant je tiens à vous dire...
LA BARONNE, Qui s'est levée en métne temps que le Marquis^ et qui est descendue à sa droite.
Oh !... vous allez recommencer...
HÉLÈNE
C'est vrai ; laissons là la politique, qui seule vous divise.
LA BARONNE
Arrière les batailles!... Parlons plutôt de votre chasse d'hier.
Oui , sur ce sujet du moins vous êtes toujours d'accord.
LE MARQUIS
J'en conviens; bon chasseur, joyeux compagnon... il y a plaisir à battre avec lui les forets et à trinquer le soir au retour.
BERNARD
Le plaisir est pour moi, monsieur le marquis. [Ils se serrent la, main.)
HÉLÈNE
A la bonnç heure, voilà comme je vous aime tous les deux... Mais venez ici, monsieur le commandant, on a besoin de vous... [Elle se rassied ^ le Marquis en fait autant). Voyez donc, ne me suis-je pas trompée?... Est-ce bien là le cours de la rivière?*...
BERNARD
Oui, Mademoiselle, c'est le Hegen ; la grande route le traverse, ici , de Nuremberg à Ralisbonne ; voilà le clocher du petit village d'Eckmiihl , je le reconnais ; c'est là qu'un de nos généraux a conquis son titre de prince.
LE MARQUIS
Hein? de quel prince parlez-vous?
BERNARD
Du duc d'Auerstaedt, du prince d'Eckmiihl , du maréchal Davoust.
i. La Baronne, le Marquis, Bernard, Hélène, ■• La Baronne, le Marquis, Bernard, Hélènt.