STURM, LA MARGRAVE, DOROTHÉK
STURM, saluant.
Madame la margrave... Mademoiselle...
LA MARGRAVE
Qu'est-ce à dire, maître Sturm ? Personne dans les antichambres !... On entre ici comme dans une auberge.
STURM
Quand vous êtes entrée, madame, j'étais occupé à donner dos ordres...
LA MARGRAVE
C'est moi seule que ce soin regarde désormais.
STURM
Ahl
LA MARGRAVE
Ce château est mal tenu ; le perron est en ruine, le parc m'a semble négligé.
DOROTHÉE
Il est plein de mouches.
LA MARGRAVE
L'hei-be et les ronces poussent dans les allées.
STURM
Madame la margrave n'ignore pas que M. le comte était bizarre en tout. Il aimait à voir pousser en paix les grandes herbes et voulait qu'on respectât autour de lui ce qu'il appelait le travail du bon Dieu.
LA MARGRAVE
Esprit charmant ! belle àme que le ciel jaloux a trop tôt reprise à la terre ! — Sans plus tarder, maître Sturm, vous ferez sabler et ratisser les allées du parc... vous m'entendez?
STURM
Parfaitement, madame la margrave, parfaitement. ( A part.) C'est clair, c'est elle qui hérite.
LA MARGRAVE
M. le baron n'a point paru?
STURM
Pas encore, madame la margrave.
LA M ARGRAVE.
Que font là ces trois chaises ?
Ces trois chaises, madame la margrave, attendent de petites gens à qui M. le comte aura voulu faire quelque galanterie posthume... des artistes... des histrions... C'est le notaire qui les a convoqués.
LA MARGRAVE
Je devine... C'est bien !... laissez-nous, (sturm sort.)