SPIEGEL, FRANTZ, FRÉDÉRIQUE
FRANTZ, placé derrière le canapé.
Ah çà! Spiegel, est-ce que tu comptes porter cette veste toute ta vie?
SPIEGEL
Hélas! non. Il faudra songer à la remplacer dans un an ou deux.
FRANTZ
Ne vois-tu pas que la margrave se moque de toi?..,
SPIEGEL
Oh! ne t'en préoccupe pas; ça m'est égal.
FRANTZ
Elle a raison. Cette tenue est inconvenante... ; je vais plus loin, elle est indécente.
SPIEGEL, se levant et allant à- gauche. Indécente? En quoi offusqué-je ta pudeur?
Eh! ce n'est pas pour moi! Mais tu devrais comprendre que la margrave n'est pas habituée à coudoyer de pareilles souquenilles.
SPIEGEL
Je ne recherche pas ses coudes, sois-en sûr.
FRANTZ
Et pour nos gens eux-mêmes...
SPIEGEL
Les domestiques me trouvent mal mis! Ah! que me dis-tu là? J'en suis navré.
FRANTZ
Cela nuit à ta considération.
SPIEGEL
Diantre! je n'y avais pas songé. Heureusement qu'on me voit dans la familiarité d'un élégant... car tu es furieusement bien vélul Est-ce que cet habit-là est à toi?...
FRANTZ
Et à qui donc?
SPIEGEL
Et les boutons aussi?... Je t'en félicite.
FRANTZ
Je t'en ai fait venir un tout pareil de Munich.
A moi?... Ah! non, non, non!
FRANTZ
Qu'est-ce que ça te fait?
SPIEGEL
Qu'est-ce que ça me fait? Un habit bleu à boutons d'or! ça me fait mal aux yeux.
FRANTZ
Tu es absurde. Il faut s'habiller comme tout le monde.
SPIEGEL
Ma foi, non, quand tout le monde s'habille mal; je ne ferai pas cette concession à tes palefreniers,
FRANTZ
Pas à eux, mais à moi.
FRÉDÉRIQUE, bas, à Spiegel, qui s'est levé et est passé à ganche. Cédez-lui.
SPIEGEL
Allons qu'on me mène au vestiaire.
FRANTZ
Tu trouveras dans ta chambre une garde-robe complète.
SPIEGEL
Faut-il tout mettre?
FRANTZ, riant.
Oui. Tout ce que tu pourras. Je veux que la margrave te voie propre avant de partir.
SPIEGEXi, \
Il suffit, (il va ponr sortir.)
FRANTZ
A propos, veille donc un peu sur ton chien.
SPIEGEL
Qui cela, mon chien?
FRANTZ
Parbleu! Sparck..*