ACTE TROISIÈME
FRANTZ
En tout (.'as, est-ce lui qui hériterait de moi, ou moi qui hériterais de lui?... D'ailleurs, il ne songe pas à m'adopter. C'est une idée qui me vient à l'instant, qui n'appartient qu'à moi.
FRÉDÉRIQUE
Tu as eu cette idée de toi-même?
FRANTZ
Pourquoi pas?...
FRÉDÉRIQUE
Pourquoi pas?... Et ton père! est-ce en reniant son nom que tu comptes payer ta dette à sa mémoire ? Ne sais-tu pas au prix de quels sacrifices il a fait de toi un artiste, au lieu d'un artisan que tu devais être? Si tu l'as oublié, je m'en souviens, moi qui tenais fa place dans sa pauvre maison... Ame tendre! cœur simple et dévoué! Pendant sa dernière maladie, comme il sentait sa fin prochaine: « Ya, ma fille, me disàit-il, n'appelle pas de médecins; ils coûtent cher, et Frantz a besoin d'argent là-bàs. » Il mourut en bénissant le travail qui te retenait loin de lui... et tu veux quitter son nom !
FRANTZ
Qui parle de le quitter? Je l'illustrerais, au contraire, en y joignant l'éclat d'un titre, et mon père lui-même, dont je n'ai pas oublié la tendresse, se réjouirait de me voir anobli.
FRÉDÉRIQUE
Non, Frantz, non.
FRANTZ
Vous m'en aimeriez donc moins, vous autres?...
SPIEGEL
Je ne dis pas cela.
FRÉDÉRIQUE
Je t'aimerais toujours, c'est ma destinée; je ne sais pas ce qui pourrait t'arracher de mon cœur... mais je serais malheureuse...
FRANTZ
Malheureuse d'être baronne?
FRÉDÉRIQUE
Ahl c'est déjà trop de ta richesse! Si tu m'aimes, laisse-moi dans mon obscurité, Frantz. Ne me conduis pas dans un inonde
où je serais toujours déplacée. — Je suis gauche, tu me l'as dit toi-même... je veux toujours Têtre... Cette gaucherie dont tu te plains, c'est la sincérité d'une âme honnête. Tu auras beau faire; la pauvre fille qui vint un soir frapper à ta porte avec «on petit paquet sous le bras, ne sera jamais une grande dame. T'aimer, élever tes enfants, vivre pour loi, porter dignement Ion nom, le nom de ton père, voilà mon rôle, à moi; ne m'en cherche pas d'autre.
SPIEGEL
Écoute-Ia, Frantz... C'est ton ange gardien qui parle.
FRANTZ
Vous êtes deux enfants... Heureusement, je suis r"'! homme et j'ai de la tête pour trois. (Sturm parait sur la porte.) Entrez, entrez, monsieur Sturm... vous ne nous dérangez pas. (il pass a droite.)