ACTE QUATRIEME
symphonie à grand orchestre. Autrefois, il était trop pauvre pour se donner ce plaisir...
FRÉDÉRIQUE
Aujourd'hui, il est trop riche pour avoir le temps d'y penser.
SPIEGEL
Eh bien, moi, l'autre jour, sans en rien dire à personne, j'étais allé à Munich, j'avais retiré la partition de la Société des concerts, je l'avais distribuée aux musiciens qui sont là, et tout à l'heure la symphonie devait éclater sur nos tètes pendant qu'on aurait signé votre contrat... Une fameuse idée, n'est-ce pas? la Gloire couronnart le Bonheur. Une petite allégorie. Mais à quoi pensezvous ?
FRÉDÉRIQUE
Je pense, mon ami, à tout ce que votre cœur renferme de choses exquises et charmantes. Vous avez des délicatesses de femme.
SPIEGEL
Ohl oh! je ne suis pas méchant.
FRÉDÉRIQUE
C'est moi qui aurais dû avoir cette idée... et, pourtant, j'aime mieux qu'elle vienne de vous.
SPIEGEL
Pourquoi ?
FRÉDÉRIQUE
Parce qu'à vous voir, on ne se douterait pas des raffinements de tendresse dont vous êtes capable.
SPIEGEL
Bah! je ne suis qu'un vieil égoïste... j'ai commencé par me donner le plaisir que je voulais vous faire. J'ai entendu hier la répétition générale de la symphonie... Si vous saviez comme c'est beau !
FRÉDÉRIQUE
Je le sais.
SPIEGEL
Ouich!... vous ne l'avez entendue qu'au piano... C'est bien autre chose à grand orchestre... Voyez-vous, je buvais du nectar, je voyais défiler devant mes yeux tous les tableaux que je n'ai pas faits. Et quand je pensais que je suis l'ami de cet bomme-là !...
â3 LA PIERRE DE TOUCHE.
FRÉDÉRIQUE
Oui, vous avez le droit d'être fier quand vous songez à Franlz ; vous avez été le père nourricier de son génie.
SPIEGEL
Ah! sa symphonie l'acquitte envers moi... Mais, dites donc, Frédérique, les violons sont payés. Qui nous empêche de nous donner ce luxe à nous deux?
FRÉDÉRIQUE, montrant le portrait du comte Sigismond. A nous trois.
SPIEGEL
Oui, digne homme, cela te réjouira. (Disposant deux fauteuils en face de la porte de gauche, à la cantonade.) Commencez, messieurs, l'assemblée est au complet!
FRÉDÉRIQUE
Que ce monde a bien fait de ne pas venir ! Chère symphonie ! cher poëme de nos belles années ! pas une note n'en tombera ailleurs que dans nos cœurs. — En l'écoutant, nous entendrons chanter les douces heures de notre pauvreté. Oh ! cher et bon Spiegel. (Elle lui tend la main ; Spiegel la conduit à un fauteuil et s'assied auprès d'elle sans quitter sa main; il fait signe aux musiciens à gauche. — On entend la symphonie, qui, après quelques mesures, s'arrête brusquement à la voix de Frantz.)
FRANTZ
Silence, malheureux ! silence donc !
SPIEGEL, se levant.
Frantz 1
FRÉDÉRIQUE, se levant.
Qu'a-t^il donc ?