‹ Théâtre: Le candidat. Le château des cœursChapitre 109 sur 160 · PREMIER TABIEAU, SCÈNE III. 20 I · texte numérisé non relu

PREMIER TABIEAU, SCÈNE III. 20 I

LE PERE THOMAS, à pan.

Ah ! enfin, il comprend !

DOMINIQUE

Elle n'était pas digne de vous, c'est vrai ! et je m'étonne cjue Monsieur ait consenti à la subir. Puiïque l'ancien régisseur de Monsieur, ce misérable, n'a pas eu le cœur de vous offrir un appartement dans le château, c'était bien la peine de venir ici pour écouter la kyrielle de ces maudits comptes. En vérité. Monsieur n'est pas heureux depuis quelque temps.

PAUL, rêvant.

Oui, c'a été comme une conjuration. . . un acharnement du hasard ; la mort subite de mon père, des dettes anciennes qui se présentent, une ruine complète enfin, sans qu'on puisse en saisir la cause ni accuser personne.

DOMINIQUE

Quel guignon! Nous menions une si belle vie à voyager ensemble tous les deux!

Calme-toi, bon Dominique, et ne parle plus du temps récent et déjà loin où nous vagabondions pour mon plaisir à travers les Indes et l'Orient. Plus de regrets ! Il va encore falloir se lancer dans le monde, mais pour y chercher fortune.

// rêve.

LE PÈRE THOMAS

Le difficile, c'est de l'attraper.

PAUL

Bah! avec du courage!

Se tournant vers Dominique.

Et puis, lu ne m'abandonnes pas.

DOMINIQUE

Oh! non, non! J'ai confiance en Monsieur; je l'ai vu à l'œuvre. N'importe! Ce serait le cas, si Monsieur veut le permettre, d'avoir à notre service quelques-uns de ces génies bienfaisants dont vous étiez si curieux là-bas! En avez vous consulté de CL's magiciens de toutes les couleurs, en robe verte, en robe jaune, en robe bleue, en manteiu bariolé, sans compter ceux qui n'avaient pas de chemine! Et on aurait dit, vraiment, que vous croyiez à toutes leur fariboles.

PAUL

Pcul-élre! pourquoi pas?... Mais je n'ai que trop tardé, adieu ! . . .

Les Prlcldents, JEANNE;

LA MÈRE THOMAS. Qy*«st-ce que tu viens faire ici, toi, fainéante?

PREMIER TABIEAU, SCèNE IV. ao]

PAUL, ajgHigr.

Oh ! comme vous la traitez !

LA MÈRE THOMAS

N'allez-vous pas la défendre, monsieur Paul? Après tout, vous avez raison, allez : elle a assez parlé de vous pendant votre voyage.

PAUL

Comment, ma mignonne, tu ne m'avais pas oublié! Tu pensais à moi?

LA MÈRE THOMAS

Si elle y pensait, bonté divine! Figurez-vous que depuis cinq ans elle parlait de vous continuellement : « Où est-il? Quand reviendra-t-il? » Elle demandait de vos nouvelles à tous les rouliers qui passaient, et quand le vent soufflait sur le lac, elle avait peur pour votre navire.

LE PÈRE THOMAS, voulant chasser Jeanne qui s'ejt rapprochée.

Ça ne le regarde pas. A l'ouvrage!...

PAUL

Com:r.e tu as grandi ! Te voilà une belle fille, maintenant! Veux-tu que je t'embrasse?

Elle baisse la tète.

DOMINIQUE

Avance donc, nigaude !

a04 Ll CHATEAU DES COEURS.

JEANNE, présentant tonfront timidement^ ei d'une voix émue.

Vous allez partir ?

PAUL

Oui, chère petite. II le faut !

// Vemhrasse.

JEANNE, s'avançant vers son frère.

Adieu aussi, toi !

Se tournant vers le père et la mère.

Car il suit Monsieur! Il me l'a promis!

LA MÈRE THOMAS, à part, à Dominique.

Tout ruiné qu'il est?

DOMINIQUE, à pan.

Nous attendons des héritages!... Et puis... et puis...

LA MÈRE THOMAS, à part.

Défie- toi !

DOMINIQUE, à part.

D'ailleurs, il sera toujours temps de le planter là, s'il ne réussit pas. On parlera de moi comme d'un serviteur modèle. Ça pose!... Et avec une ou deux réclames dans les journaux... de sport... J'ai pour amis des auteurs !

LE PÈRE THOMAS

Au moins, envoie-nous de temps en temps...

DOMINIQUE

Impossible! Mes capitaux sont... seront engagés. Nous connaissons des gens de Bourse!

LA MÈRE THOMAS, avec admiration.

Quel gaillard !

DOMINIQUE

Mais dès que j'aurai une position sérieuse...

LE PÈRE THOMAS, s'épanouissait.

Ail!

DOMINIQUE

Je vous donnerai de mes nouvelles!

LA MÈRE THOMAS

Soigne-toi bien, au moins!

DOMINIQUE

Moi avant tout ! C'est un principe !

LE PÈRE THOMAS

Et ne te ruine pas le tempérament avec les particulières en falbalas.

2o6 LB CHATEAU DES COEURS.

DOMINIQUE

Allons donc! On est revenu de ces folichonneries. Le positif! Je ne sors pas de là!

LA MÈRE THOMAS

A-t-il de l'esprit !

DOMINIQUE

Et maintenant, les anciens, bonsoir, bon appétit et bonne santé !

// embrasse le père.

Et d'une!

// embrasse la mère.

Et de deux! C'est fini! Embarqué!

PAUL

Malgré ma détres-e, il veut me suivre : vous le voyez!

DOMINIQUE

Oh ! tant qu'il y en aura pour vous, je me contente! Vous ne pouvez pas vivre sans valet de chambre! C'est indécent! Je ferai retourner ma livrée, mettre un galon neuf à mon chapeau, et nous ferons encore belle figure, saperlolte! Monsieur, à vos ordrc^ !

JEANNE, sautant au cou de son frère.

Oh! mon bon frère!

LE PÈRE THOMAS, à Dominique.

Prends garde !

DOMINIQUE

Oui! oui!

LA MÈRE THOMAS

Écoute donc !

DOMINIQUE, s' éloignant.

N'ayez pas peur.

LE PÈRE THOMAS

Reviens !

DOMINIQUE

On se reverra !

LA MÈRE THOMAS

Mon pauvre fils!

DOMINIQUE

Je vous écrirai !

U à disparu.

PAUL, au père et à la mère.

Je ne puis le retenir. Adieu ! Adieu ! Rassurezvous. Nous allons faire fortune.

// sort.

ao8 LE CHATEAU DES COEURS.

scÈ^KE y

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