‹ Théâtre: Le candidat. Le château des cœursChapitre 122 sur 160 · L'ILE DE LA TOILETTE · texte numérisé non relu

L'ILE DE LA TOILETTE

Les collines du fond, figurant des carrés de culture différente, sont couvertes par de longues bandes d'étoffes. A droite, au bord d'un ruisseau de lait d'amandes, poussent, comme des roseaux, des bâtons de cosmétique. Un peu plus en avant, une fontaine d'eau de Cologne sort d'un gros rocher de fard rouge. Au milieu, sur le gazon, des paillettes brillent ; les buissons, çà et là, se trouvent représentés par des brosses de chiendent, et les cailloux par des savons de toutes couleurs. A gauche , un arbre, semblable à un tamaris, porte des marabouts, et un autre, pareil à un palmier, offre des éventails. Il y a un champ de rasoirs; plus loin, l'arbre à miroirs, l'arbre à perruques, l'arbre à houppes, l'arbre à peignes, et des costumes bariolés pendent à de grands champignons. Des mouches voltigeant dans l'air iront se coller d'elles-mêmes

sur le visage des femmes : la mouche assassine, la capricieuse, la provocante, etc.

SCÈC^E T%EmiÈT{E

JEANNE, seule.

Dans lit même attitude qu'elle avait à lajin du tableau précèdent : la tète baissée et le coude gauche appuyé contre le rocher de fard, au bord de la fontaine. Après un instant de silence, elle lève les yeux et regarde autour d'elle avec ébahissement.

Comme c'est joli!... et comme ça sent bon!... Mais on dirait l'odeur de l'eau de Cologne?... D'où vient-elle?... De celte fontaine!... Ah! si je me lavais les mains.

Elle y plonge ses bras jusqu'au coude.

On n'a pas peur d'en perdre!... Je puis bien m'en mettre dans les cheveux!

Elle s'en jette sur la tète quelques goutteSf qui deviennent aussitôt des diamants^ sans qu'elle s'en aperçoive, Puis elle se lave le visage avec les mains ; et, pendant Qu'elle est ainsi penchée sur la fontaine, une branche de l'arbre à peignes, derrière elle, s'abaisse tout douament pour dé* mêler ses cheveux au chignon. Elle se retourne, surpriset en tendant la joue droite.

Qui donc me prend là, par derrière?... Con* tinuez! vous ne me faites pas mal.

L'arbre à houppes abaisse un de ses rameaux et la caresse de sa poudre de ri^.

ClNQ.UlàME TABLEAU, SCÈNE 1. 29I

Oh ! comme c'est doux ! . . . comme c'est doux!...

Elle tend la joue gauche. Même Jeu de l'arbre à houppes.

Encore!... Mais ça me chatouille!... Assez!... J'ai envie de rireî... Ah! ah.^ ah!

L'arbre s'arrête.

C'est fini?... Je vous remercie bien!...

Elle se lève.

Comment ?. . . Personne ! . . .

Elle considère tous Us objets autour d'elle, en marchant lentement.

La drôle de campagne!... Des peignes qui tiennent aux arbres ! En voilà un où poussent des perruques, et tous ces vêlements par terre, comme des feuilles mortes!... Ah! la belle herbe, avec ces grosses gouttes de rosée. Mais non, ce sont des paillettes d'argent.

S'apercevant dans une des glaces de l'arbre à miroirs.

Et cela?... C'est moi!... en diamants!... J'a' l'air d'un soleil !

Sa robe, arrachée, disparaît dans l'air.

Le vent ! . , . Ah !.. .

Elle pousse un cri de terreur en s'apercevant en chemise et en jupon, et croise ses bras sur sa poitrine.

Que devenir!... J'ai honte!...

Aussitôt, une des bandes Sètoffe^ posées sur les collines du fond, arrive en ondoyant comme une rivière, et, se drapant autour d'elle, lui fait une sorte de tunique.

Eh bien! eh bien!... me voilà tout habillée maintenant.

Un arbre à bracelets d'or l'accroche par le Iras.

Qu'est-ce qui me retient? Pourquoi? Laissezmoi!...

Elle tire à elle : It'hraceUt vinit.

Ah! cela fait bien sur ma peau.

jyune espèce de sorbier tombe un collier de corail autour de son cou.

Qu'eit-cc ?... Un collier!... Ah! comme je suis belle!... Qiiel bonheur!... Je m'aime! Je voudrais m'cmbrasser. Mais je rêve sans doute?... Ce n'est pas possible! Je vais me réveiller tout à l'heure. — Où suis-je donc?... dans quel pays ?

CHOEUR, dans la coulisse.

C'est le piiys de la toilette, C'est l'empire des affiquets,

Des piiquetsl

Des caquets!

Chez nous la beauté se complète, La laideur prend des airs coquets.

JEANNE

J» ne comprends pas!...

CINQ.UlèME TABLEAU, SCÈNl I. 39}

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