‹ Théâtre: Le candidat. Le château des cœursChapitre 146 sur 160 · LES ARBRES, DOMINIQUE, PAUL · texte numérisé non relu

LES ARBRES, DOMINIQUE, PAUL

PAUL, accabU.

Je ne le irouverai donc jamais, cvt infernal château des Gnomes ! et Dominique disparu ! On n'est pas idiot comme ce garçon ! J'ai beau lui prescrire de ne pas me quitter d'une semelle, depuis plus de deux heures il faut que je perde mon temps...

// est arrive au milieu de l'allée, et s'arrête stuptfait.

Ah ! Enfin !...

Dominique secoue ses branches, pour attirer l'attention de son maître.

Me voilà donc au terme de toutes mes recherches et de toutes mes fatigues ! Merci, bonne fée, d'avoir soutenu mon cœur à travers des périls oij tant d'autres avant moi se sont perdus !

Un éclat de rire part de l'intérieur du château. On dirait un éclat de rire venant du château. Cependant toutes ses fenêtres sont fermées... Qu'est-ce encore ? Allons ! c'est bien la peine d'être arrivé jusqu'ici pour m'effrayer, comme une femme, du cri de quelque oiseau ou d'une bête fauve?... Mais où est donc Dominique?

Dominique s'agite,

J'ai fait plus que mon devoir en le cherchant derrière tous les arbres de cette forêt... M*a-t-il assez ennuyé, du reste, pendant le voyage ! et je suis bon de tant l'aimer, vraiment ! Il sera tombé sans doute dans quoique embûche, où, malgré mes recommandations, sa curiosité ou sa sottise l'aura conduit.

Dominique s\igiie de plus en plus.

En avant ! Dans une entreprise pareille, l'existence d'un seul liomme n'est rien, puisqu'il s'agit de tous les autres.

Alors retentit un immense éclat de rire, un bruit défoule. Toutes les fenêtres et toutes les portes du château s'ouvrent avec violence. H y a dou^e fenêtres ; à chacune d' elles parait un Gnome. Sur le balcon du milieu se tient le Roi avec une couronne en tête et le sceptre à la main. Ve chaque porte i'élance un Gnome ("garde du corps ou laquais^, riant^ criant^ sautant autour de Paul, à quelque distance. Tous les arbres s'inclinent avec un grand frémissement. Paul, ébloui, reste debout en face du château.

SCÈCNiE IV I

Les PRiicÊDENts, LE ROI DES GNOMES» |

LE ROI DES GNOMES, a son balcon, d'une voix j

haute et ironique. \

Ah ! maître sensible I Ah ! cœur exempt de souillures ! Toi qui abandonnes ton serviteur et ]

HUITIÈME TABIEAL', SCInE IV. )9S

qui te crois appelé à sauver le genre humain, lu as failli deux fois en deux minutes, par égoisme et par orgueil ! Tu es à nous, maintenant.

PAUL, dfdai^ntusemtnt.

Moi?

LE ROI DES GNOMES

Contemple cet arbre, c'est ton domestique lui-même.

PAUL

Grands dieux !

LE ROI DES GNOMES

Sous l'écorce où le voilà caché, il conseive le sentiment et la mémoire. Tu vas t^lre comme lui.

PAUL, d'un ton terrible, aux Gnomes qui se sont resserret autour dt lui.

Pas encore, tant que cette épée...

LE ROI DES GNOMES

Tire-la donc !

Paul, déjà la main sur la garde de son épée, est paralyse tout à coup. Ses bras et ses jambes conservent l'attitude qu'il avait prise dans ce mouvement. Il détient rigide et blanc comme une statue, pendant que le Hoi, du haut de son balcon, prend son sceptre d'or. La bague reluit à sa main de marbre.

LE ROI DES GNOMES

Nous t'avons fait des épaules assez solides pour porter les destinées du monde. Qu'en dis-tu?

Garde comme un remords le souvenir du passé. Demeure perpétuellement dans l'impuissance de ta menace. Tes yeux sans prunelles auront le don de nous voir et tes oreilles celui de nous entendre, quand tu seras transporté dans la salle de nos festins; car sous ton apparence insensible tu vivras, pour souffrir ton supplice éternel.

Tous les Gnomes, se prenant par la main ayec des éclats de rire et aux sons d'une musique infernale, font une grande ronde autour de la statue immobile.

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