DIXIÈME TABLEAU, SC^NE III
médecin, de vous donner celte petite surprise, Mesdames.
Les Précédents, PAUL, aire de htigs cbevfux blancs, une barbe blanche et une vaste roW de velours noir qui l'enveloppe complètement. DOMINIQUI: h suit, habillé en Chinois, et portant sur son dos une grosse caisse et un sac de peau rouge, à la main utu petit pliant.
Ils s^arrètent, au militu, sur If gnion, Dominiqur place le sac sur U pliant.
LES DAMES
Oh! ça va être gentil ! Ça m'amuse déjà, moi
j'aime les escamoteur.-.
MADAME KLOEKHER.
Vous f;iul-il une table pour exécuter vog tours?
Merci, Madame, je ne fais pas de tours. Ma mission est plus haute. C'est votre amélioration morale, voire salut que je demande. Je suis chargé par les Fée:- «le vous remett-e vos cœurs.
LES INVITÉS
Comment, nos cœurs ?
ALFRED
II est poli, le Nostradamu^ !
PAUL
Eh! il ne s'agit pas de politesse; je parle sérieusement, croyez-moi.
LES INVITÉS, riant.
Très drôle 1 très drôle !
COLOMBEL, ù Madame Kloekher.
Quand je vous disais qu'il est parfait !
DOMINIQUE, après ayoir vidé sur U pliant le sac plein de bonbons dorés.
Eh bien! Messieurs, qui vous empêche...? Voyons, Mesdames, un peu de courage!... C'est joli, sucré, hygiénique!
COLOMBEL
U s'exprime en bo:i termes, ce Cliinois, qui vient de Paris.
DOMINIQUE
Non, Monsieur, nous arrivons de Pipempohé...
Caressant sa moustache.
où la sultane nous a fait les offres les plus avantageuses !
DIXIÈME TAMiAL, SCÈNE III. ^2]
LES INVITÉS, luni.
Pipempohe ! . . . la irultane!...
PAUL
Oui ! et c'est ensuite que je les ai conquis moimême dans la forteresse des Gnomes.
LES INVITÉS
Les Gnomes I... Il est d'un sérieux !...
ONÉSIME
Laisse2-le donc conlir.uer.
PAUL
Mais j'ai fini !... Je vous répète encore une fois queje dois, d'après l'ordre des Fées, vous remettre vos coeurs !
DOMINIQUE, tapant sur la grojte cai/ie à tour de hrai.
Des cœurs ! des cœurs ! des cœurs ! prenez des cœurs !^
PAUL, l'arriiant.
Tais-toi !
Joignant les maini d'un air luppKant.
Ah ! c'est dans votre intérêt, je vous le jure. Prenez ! Hâtez- vous !
UNE DAME, s'jranç.iit Gela 3C mange?
4^4 16 CHATEAU DES CCCURS.
MADAME KLOEKHER.
N'y touchez pas! Quelque drogue, sans cloute.
ONÉSIME
Tant pis ! Je me risque !... Allons, père Bouvignard, je vous en paye un ! — Faites conîme moi !
// donne une pièce de monnaie et se met à croquer un bonbon, comme Bouvignard.
UNE DAME, à demi-voix.
Ces artistes !... toujours singuliers !
COLOMBEL, tout en payant et prenant un cceur.
II faut bien que je donne l'exemple aussi, moi qui l'ai amené, ce farceur-là.
ONÉSIME, se frappant le front.
Malheureux! Où est-elle? .
MADAME KLOEKHER.
Qui donc ?
ONÉSIME
Clémence !
MADAME KLOEKHER, bat.
Y pensaz-vous ? devant le monde!.,. Votre mariage !...
DIXIfc.Mt TABLEAU, SCfcM III. 43 S
ONÉSIME
Plus de mariage î
// sort en criunt,
Clémence ! Clémence !
BOUVIGNARD, flerjni la voix.
Mais quelle stupidité que de prodiruer *on argent à de pareils bibelots !
Il j*ttt son pot, qui se brise par terre.
Ah! ça soulage!... et je vais vendre louie ma collection pour doier ma pauvre fille !
COLOMBEL, se parlant à lui-même en se promenant.
Pour l'achat du terrain, un miilion, je le donne! — Et, quant au reste, avec des souscriptions particulières et en s'adressent au gouvernement, j'arriverai à fonder mon hôpital !
Voyant qu'on le regarde.
Oui, Messieur?, j'y consacrerai ma Foriune, mon temps, ma science, tous mes cfToris. Les scn ice; seront dirigés par de véritables savants; les sales tapissées en aubusson, les lits en acajou. Je veux, diable m'emporte î...
LES INVITÉS, surpris.
Eh bien ! eh bien !...
LETOURNEUX
Il y a lii-dedans quelque chose qui monte au cerveau .
Prenez donc !... Je ne les vends plus, je les donne !
MACARET.
A ce prix-là... D'ailleurs je ne vois pas l'intértH qu'il aurait...
// aviilg un bonbon.
PAUL, à Alfred.
Et vous, Monsieur, auriez-vous peur, quand les autres... ?
ALFRED
Moi! peur!... Allons donc! J'en demande deux !
// en prend deux et en mange un.
MADAME KLOEKHER.
Vous aussi ?...
ALFRED, cl voix basse.
Mai.- c'est excellent ! plus sucré que du miel et suave comme un baiser! Partagez enfin la passion qui m 3 torture ! Quoi que j'aie pu dire, elle est nouvelle. Quittons cette horrible existence! Fuyons bien loin sur quelque plage inconnue, au fond des
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bois, dans un désert ! n'importe où, pourvu que nous soyons seuls tous les deux à savourer le bonheur de vous chérir.
Il porte le bonbon aux lèvres de Mjdjme Kloekher, qui l'avale.
MADAME KLOEKHER aunitot haitse ton voile, et vie-xt prendre le bras de son mari, affectueusement.
Alphonse, mon ami ?
KLOEKHER.
Hein ? Quoi ?
MADAME KLOEKHER.
Ce monde m'ennuie... nous sommes si bien dans notre petite intimité... Je t'aime!
KLOEKHER, a part.
Ma femme qui m'aime, maintenant!... Elle a perdu la tête î
MACARET, dans le coin de droite, sanglotant.
Oh ! oh ! mon Dieu ! . . . Oh ! oh ! mon Dieu ! . . . Oh! oh!...
KLOEKHER.
Ou'avez-vous donc, vous ?
MACARET, sans lui répondie.
Oh! oh !... tant de jours perdus I... Oh ! oh!... comme Titus !
Les invites, qui peu a peu ont pris det eerurs, s'empressent autour de Paul de plus en plus.
DOMINIQUE, bas à Paul.
Ça va bien !
PAUL, bas.
Non !.,. Comme il en reste ! Dominirpie !
Dominique frappe sur sa caisse.
PAUL, avec impatience.
Allons ! Allons donc !
KLOEKHER, irrité.
Eh ! la farce est trop longue !... le monde en a assez... Laissez-nous!
PAUL
Vous n'en avez pas, vous, Alphonse-Jean- Bapiiste-Isidore Kloekher !
KLOEKHER.
Insolent ! Qiii t'a dit mes tioms ?
PAUL
Je les sais !
KLOEKHER et LETOURNEUX.
A la porte ! A la porte !
PAUL
Pas avant que tu n'aies pris ce cœur.