‹ Théâtre légendaireChapitre 62 sur 74 · SCE'H.E IV · texte numérisé non relu

SCE'H.E IV

Les Mêmes, PASCAL, JÉRÔME, NÉRIS,

Gentilshommes napolitains, puis FABIUS

et TRASTAVA.

pascal, à Jcroiuc.

Quelqu'un en sait-il plus?

JÉRÔME

Pas la moindre nouvelle.

pascal.

Et que dit-on?

JÉRÔME

Chacun se creuse la cervelle.

PASCAL

Où retrouverons-nous Roger?

A Fabius qui entre avec Trastava.

Comte, on a dû Vous donner les détails.

FABIUS

Je me suis défendu D'émettre aucun avis. Je voulais vous entendre.

PASCAL

Tout est vrai. J'aurais cru la princesse moins tendre.

FABIUS

Mais votre frère?...

PASCAL

lis l'ont sans doute assassiné.

Comment savoir quel est son rival fortuné? Nous nous sommes promis, quoi qu'il arrive, comte. Une pleine vengeance, une vengeance prompte.

FABIUS

Que prétendez-vous faire?

PASCAL

Accuser et punir.

FABIUS

Qui?

PASCAL

La coupable, et qui voudra la soutenir.

FABIUS

La coupable! Pascal, votre parole est dure.

PASCAL

C'est le mot qui s'impose en telle conjoncture.

FABIUS.-

Avez-vous bien compris vers quel but vous allez?

PASCAL

Avez-vous quelque chose à m'apprendre? Parlez.

FABIUS

En champ clos, vous devrez, sans aucun armistice. Combattre à mort celui qu'entre tous Béatrice, Pour être son tenant, choisira dans son cœur.

Soit! je le combattrai.

FABIUS

Si vous êtes vainqueur, On exécutera la Loi-Rouge, établie Par l'évêque Léon, mort pape en Italie. Elle frappe à dessein d'un châtiment plus grand Ceux que le crime fait tomber d'un plus haut rang; Et par le sang du Christ chaque prince, en personne, Jure de l'observer, lorsqu'il ceint la couronne. Or, selon cette loi, la malheureuse enfant, Dont vous auriez prouvé la honte en triomphant, Trois jours dans un couvent demeurerait captive; Et les trois jours passés, on la brûlerait vive. Chercherez-vous encore un combat sans merci?

PASCAL

Je n'ai pas fait la loi, mais je l'accepte ainsi.

FABIUS

Vous restez sans pitié.

PASCAL

Je reste sans faiblesse.

FABIUS

Cher Pascal, attendez.

PASCAL

Non!

UN PAGE, annonçant.

Le roi ! la princesse

■ SCE'K.E V Lss Mêmes, LE ROI, BÉATRICE, ARGINA, Suite,

Sire, au nom du vrai Dieu par vous représente. Justice! j'en appelle à Votre Majesté.

LE ROI

Serait-ce un de ces cas graves, qu'on nous défère?

PASCAL

Justice pour Roger, justice pour mon frère!

LE ROI

Justice contre qui?

PASCAL

Sire, pardonnez-moi.

Vous êtes père, mais d'abord vous êtes roi.

LE ROI

Q^Lii donc accusez-vous?

PASCAL

J'accuse votre fille.

LE ROI

Elle! ici! devant moi! sous le soleil qui brille!

Le fait n'est point douteux; j'offre de le prouver. Daignerez-vous m'entendre?

LE ROI

Osez-vous nne braver?

PASCAL

Je remplis un devoir, encor qu'il soit pénible.

BÉATRICE

Pour Roger? un devoir? C'est incompréhensible. O mon père, est-ce moi dont il veut parler?

PASCAL

Oui.

Vous comprenez trop bien.

BÉATRICE

Quoi donc?

PASCAL

C'est inouï.

Repentez-vous, au moins, vous et votre complice!

LE ROI

Adressez-vous à nous, si vous voulez justice.

L'insulte, quels qu'en soient la victime et l'auteur, N'a jamais rien prouvé que contre l'insulteur. Un accès de démence et d'orgueil vous abuse; C'est elle, mon enfant, que votre voix accuse! Apprenez que Roger m'a demandé sa main; Elle aime votre frère; et je devais, demain, Avant de consacrer une si noble chaîne. Faire annoncer partout leur union prochaine. Ma fille ne voulut jamais un autre époux. Qu'attendez-vous de moi? Que lui reprochez-vous? Je connais mieux son cœur, peur-être, qu'elle-même; Et je sais qu'elle est digne encor du rang suprême.

PASCAL

Je le croyais hier, j'en doute en ce moment.

LE ROI

Vous tous qui l'écoutez, vous voyez bien qu'il ment. Sur ma fille et sur moi nui ne peut se méprendre.

PASCAL

Vous voulez me juger sans me vouloir entendre.

LE ROI

Parlez donc, s'il le faut.

PASCAL

Hier, près du palais, A minuit, avec deux compagnons, je réglais Contre trois de vos gens une sanglante affaire. J'ignore quel hasard mena par là mon frère; Nous étions réunis, quand soudain une voix S'écria : « Regardez! » Alors, tous à la fois,

Nous levâmes les yeux; et, la nuit étant claire, Nous vîmes la princesse au balcon,

Moi, mon père!

Moi!

PASCAL

Sur vos diamants la lune étincela.

BÉATRICE

Moi, moi !

PASCAL

Je vous voyais comme je vous vois là.

LE ROI

Poursuivez!

PASCAL

Dans l'espace, aux rayons de la lune, Surgit de l'ombre alors un homme en cape brune. Une échelle de soie, attachée au balcon. Le portait. Il gravit le dernier échelon, Et d'un élan léger franchit la balustrade. La princesse, penchée, aidait à l'escalade; En un clin d'œil, d'un bond, il fut entre ses bras.

LE ROI

L'avez-vous reconnu?

PASCAL

Lui? Non. Je ne sais pas Quel était ce coureur de nocturne aventure; Son chapeau rabattu lui cachait la figure.

Mais enfin !...

PASCAL

Dites-nous son nom; vous le savez.

BÉATRICE

cruelle honte!

PASCAL

En effet, quelle honte!

LE ROI

Achevez!

PASCAL

Ils rentrèrent tous deux dans l'ombre. Une minute, Notre esprit révolté voulut se mettre en lutte Avec nos sens; mais non! le couple scandaleux Reparut, inondé des pâles rayons bleus.

On ne pouvait nier plus longtemps. Ah! mon frère Sentait dans le mépris se noyer sa colère.

BÉATRICE

Il ne souffrirait point qu'on me parlât ainsi.

PASCAL

Comment expliquez-vous qu'il ne soit pas ici? Ne nous opposez plus quelque inutile feinte; Avouez, avouez maintenant.

BÉATRICE

vierge sainte!

PASCAL

Ai-je dit vrai, Jérôme?

2fO THÉAT-IE LÉGENDAIRE

JÉRÔME

Hélas! oui, jusqu'au bout.

Je le regrette.

PASCAL, à Néris.

Et vous?

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