DEUXIEME FILLE D HONNEUR
Quel est ce chevalier?
Fanfares.
LE PAGE
Les deux tenants sont prêts.
PREMIERE FILLE d'hONNEUR.
Nous, faibles créatures, Prions!
LE PAGE
Ils partent. Ciel! sous le choc, leurs montures Se cabrent. Mais aucun n'a vidé les arçons. Leurs épieux sont brisés. Ils jettent les tronçons. Face à face, tous deux s'affermissent en selle. La lame de l'épée à leurs mains étincelle; Ils se heurtent, grand Dieu!
Un court silence, pendant lequel un tumulte s'élève vers la porte de la salle.
LE ROI
D'où vient donc cet émoi?
Argina, que suivent Jérôme et Smorfi, entre et court se jeter aux pieds de la princesse.
SCÈ'K.E II Les Mêmes, ARGINA, JEROME, SMORFI
ARGINA.
Moi, moi, c'est moi qui suis coupable. Tuez-moi!
BÉATRICE
Argina!
ARGINA.
Marquez-moi d'un éternel stigmate; Mais que son innocence au grand soleil éclate! Sire, il faut à l'instant supprimer le combat. Fabius a tout fait. Hâtez-vous! Mon cœur bat A se briser. Je meurs de douleur et de honte.
JÉRÔME
Sire, Argina dit vrai...
LE ROI, à un héraut d'armes.
Qu'on mande ici le comte.
A Jérâiiie.
Et vous, dans le champ clos, s'il en est encor temps, Jetez mon gant royal entre les combattants.
JÉRÔME, jetant du halcon le gant du roi. Au nom de monseigneur le roi, qui vous relève De vos engagements, nobles cavaliers, trêve!
Un silence.
Ils s'arrêtent.
LE ROI
L'un d'eux, Jérôme, est-il blessé?
JÉRÔME
Non, sire, grâce au ciel! Le combat a cessé.
ROGER DE NAPLES 28j'
SCEISiE III
Les Mêmes, Un Chevalier visière baissée, FABIUS, PASCAL, BRASSANO, LINOSA, STELTI, NÉRIS, Le Moine, Gentilshommes, Soldats.
ARC IN A, à Fabius qui entre.
Viens! c'est moi, Fabius. Tu pâlis. C'est moi-même. 11 ne pourra nier. Regardez son front blême. Dire que je l'aimais aveuglément! Je vois Son vrai visage, hélas! pour la première fois.
FABIUS
Un tel transport me semble intolérable, sire. Est-ce afin d'écouter cette femme en délire (Qu'ici l'on me mandait?
Il ne te sert à rien.
Démon, de composer savamment ton maintien. Va, tu peux au mensonge ajouter la menace! Malgré ton impudence et malgré ton audace, Ma voix tombe sur toi comme du plomb fondu; Et tu ris hautement, mais tu te sens perdu.
FABIUS
Vous rêvez.
Il faut donc rappeler notre histoire, Mon douloureux amour, ton amour dérisoire; Comment en caressant ma folle vanité, En me nommant toujours ta reine de beauté. Tu m'engageas, avec une infernale adresse, A voler les joyaux que portait la princesse; Comment Roger, trompé par toi, me vit un soir, De loin, entre tes bras, chez elle, et crut la voir. Le prince a disparu dans cette nuit maudite! Sans doute, tu l'as fait assassiner ensuite Par ces mêmes bandits qui devaient m'égorger. Sire, lorsque j'ai vu la princesse en danger. J'ai couru chez le comte; et je voulais tout dire, S'il ne l'arrachait pas à l'horreur du martyre. Il eut peur; il pensa, toujours plus criminel, S'assurer par ma mort mon silence éternel ; Mais on \'ei]lait, on m'a sauvée; et je vous somme, Roi juste, de punir ce mauvais gentilhomme.
LE ROI, à Fabius.
Vous ne répondez rien, comte?
FABIUS
Va-t-on vraiment Discuter tout cela? Non. C'est par dévoûment Pour la princesse, à qui je la sais attachée, Qu'Argina vient, après s'être à dessein cachée, Dérouler ce tissu de mensonges. Pourquoi A-t-elle dirigé la ruse contre moi?
Je l'ignore. Elle a cru très adroit, je suppose, D'accuser le plus grand de tous, car en la cause Il doit paraître aussi le plus intéressé.
Il se livre, il se perd lui-même, l'insensé.
LE ROI
Ne l'interrompez pas.
FABIUS
A cette sotte histoire, Sur sa simple parole, est-ce qu'on pourra croire? Donne-t-elle une preuve, et quels sont ses témoins?
ARGI NA.
Que te faut-il de plus?
FABIUS
Il faut prouver au moins.
JEROME
Les témoins parleront.
FABIUS
Qui voudra les entendre?
LE ROI
Nous, Fabius.
voix NOMBREUSES.
Nous tous!
FABIUS
Et qui de vous veut prendre Le parti d'Argina? J'ai droit et j'ai souci
De venger cette injure en champ clos. Me voici! Qui tiendra contre moi pour cette enfant pudique?
Choisissez parmi nous, sire.
JÉRÔME
Je revendique Cet honneur.
S'il revient à quelqu'un...
LE CHEVALIER MASQUÉ, s'avaiiçaul.
C'est à moi!
LE ROI
A vous? c'est donc nous qui, sans soupçon, sans effroi, Contre tous, défendiez ma fille! En vous j'espère. D'un fils semblable à vous je voudrais être père; Je vous bénis. Allez avec Dieu, vous vaincrez!
BÉATRICE
Par le juge qui siège au fond des cieux sacrés, O vous qui vous cachez sous cette armure noire. Je vous confie au ciel, vous aurez la victoire! Un ange du Seigneur viendra vous protéger. Je voudrais vous aimer comme j'aimais Roger.
Fabius combattrait?
FABIUS, à lin page.
Mon heaume et ma cuirasse!
Misérable!
FABIUS, au chevalier masqué.
Je suis à vous.
A Argina qui lui harre le passage.
Faites-nous place !
ARGINA.
C'est aux mains du bourreau qu'il doit être traîné.
Vous écarterez-vous enfin ?
ARGINA, ]ui arrachant un poignard de la ceinture et le frappant au cœur.
Tiens! meurs damné!
FABIUS
Trahison !
// lot)ibe et meurt.
ARGINA, se frappant elle-même.
Moi qui vais devant Dieu comparaître.
J'atteste fermement que c'est lui le seul traître.
Béatrice court à elle et la soutient.
Merci! laissez briller sur moi votre regard, C'est le ciel.
BÉATRICE
Argina!... Courage!