ACTE V, SCÈNE X
MADAME SINCLAIB.
Je dois commencer par avouer que tantôt j'ai eu des torts envers vous.
MADAME SAINT-LAURENT
Vous, ma tante !
Pouvez- vous en avoir ?
MADAME SINCLAIR
Oui, oui, mon neveu, j'ai eu tort envers vous tous; mais c'est un peu votre faute : vous aviez si bien subordonné vos volontés aux miennes que je me suis crue maîtresse de disposer de ces volontés. Je me suis trompée.
MADAME SAINT-LAURENT
Eh ! mais, vous l'êtes en effet, ma chère tante.
BARDOLIN.
Ordonnez, nous obéirons.
MADAME SINCLAIR
Non, mes amis. Je n*ai aucun droit de m'opposer à ce que M. Bardolin et madame Saint-Laurent marient leurs enfants comme ils voudront; mais si je respecte vos droits, vous devez respecter les miens.
ANATOLE
La conséquence est évidente.
MADAME SINCLAIR
N'est-ce pas? Disposez donc de vos enfants; je reste libre de disposer de moi et de tout ce qui m'apparpartient.
DORIGNY, i\ part.
Gomme elle leur va droit au cœur !
VERNISSAC.
Mes chers parents reconnaissent tous la vérité de ce que vous venez d'avancer.
MADAME SINGLATR.
Or comment vous expliquer ce qui se passe dans mon âme? En vérité, je rougis.... On redevient enfant en vieillissant, et je me sens toute la timidité.... Mon neveu Vemissac, chargez- vous, je vous prie, d'expliquer à nos parents rassemblés Tètrange révolution qui s'est opérée en moi.
VERNISSAG.
Vous le voulez, ma tante, j'obéis. Au moment où notre tante, par suite de sa colère contre nous, se trouvait seule et abandonnée, car elle avait eu la barbarie de m'ordonner à moi-même de sortir de la maison, elle réfléchit.... Elle pensa que, potir s^assurer un attachement sincère et complet, et même pour bien vivre avec nous.... Que vous dîrai-je?.... Elle pensa que peut-être il était temps encore de former de nouveaux liœuds..i.
MADAME SAlNT-LAURENTi
Allons.
t)ORlGNY, à paru
Je la vois venii*.
MADAME StNCLÂlR:
Vous devez sentir qu'une femnle de mon âge, quand eiie se marie, quand elle choisit un homme plus jeune qu'elle....; car je ne puis vous dissimuler que l'objet de mon choix est plus jeune que moi.... Qu'avez-vous donc, madame Saint-Laurent? Vous paraissez mal à votre aise ?
VERNISSAG.
Vous trouveriez- vous mal^
Èii non, monsieur j je rie me trouve pas iilal. C^ntiîiiiez, ma tantô.
MADAME SINCLAÎR.
Vous devez sentir, dis-jé, qu'elle est obligée de