SCÈNE XI
MADAIiB MUSARD, à Sophie.
Eh ! bonjour, mon aimable voisine.
LEROND
C'est bon, vous aurez tout le temps de vous faire des compliments. J'ai appris votre départ hier matin, je me suis mis en route deux heures après ; j'ai su Thôtel où vous étiez descendus; je viens m'y loger; votre vieille tante m'a conté tous vos chagrins, et je viens pour les terminer.
MADAME MUSARD
Eh! quoi, monsieur, vous seriez assez généreux....
LEROND
En deux mots, Musard m'en veut, il a raison ; je lui ai. joué bien des tours en ma vie, mais c'est un peu sa faute ; il n'est pas défendu de songer à soi et aux siens. J'ai profité de sa nonchalance pour m'avancer moimême; dès qu'il désirait quelque chose, j'étais là pour Pobtenir à sa place ; et pour me servir d'un terme de chasseur, c'est lui qui faisait lever le lièvre, c'est moi qui le tuais. Aujourd'hui je suis bien, je peux songer aux autres. Votre mari vient à Paris pour des éclaircissements, des sollicitations ; le pauvre diable n'en finirait pas, je ferai tout pour lui. Votre beau-frère veut plaider contre vous, je sais l'adresse de son avocat ; votre fils' veut avoir une place à Saint-Quentin ; j'ai des amis qui valent bien ceux de Musard : votre correspondant ne veut plus vous envoyer de marchëmdises ; je saurai pourquoi, et en travaillant pour vous, je travaille encore pour moi : votre fils aime ma fille, il en est aimé, n'est-ce pas Sophie ? marions-les ; c'est ce que nous avons de mieux à faire.
SOPHIE
Mais, mon père....
iÔ2 MONSIEUR MUSARD.
LBROND.
Eh 1 oui, tu Taimes, c'est convenu ; tu ne me Pas pas dit, mais je Tai deviné.
mâdâmb musârd.
En vérité, monsieur Lerond, vous un êtes homme expéditifl Ahl pourquoi mon mari ne vous pessemblet-ilpas?
LEROND
Parbleu, madame, vous savez que votre mariage avec Musard est la seule chose pour laquelle il ait su me prévenir; mais ne nous plaignons pas : j'ai été heureux avec ma pauvre défunte , vous êtes heureuse ' avec lui....
MADAME MUSARD
Heureuse 1 ah ! oui, fort heureuse !
LEROND
Oui, madame. Musard a un cœur excellent; et puisque nous ne pouvons être parfaits, la bonté, grand Dieu ! la bonté rachète tous les défauts.